Générique. Play

C’est l’heure de Radio Monstre ! Un peu de musique, quelques créatures magiques, du fantastique et tout part en cacahuète. Forcément.
À lire chaque semaine dans Carbone.

#staytuned

Dafroza (et Gwen) – maison des Managarm – mercredi 26 avril, 16 h 25

« Écoute Dafroza : secoue ta crinière rousse et dépoussière tes neurones de la couche de littérature néoromantique que tu aimes tant… Il y a forcément un morceau de musique dont tu peux me donner le titre…
— Gwen, tu m’aides pas vraiment, là. »
C’est les vacances. Je suis bien au chaud, chez Gwen, et la vie devrait toujours être comme ça. Une après-midi à débattre sans fin et à rire avec ma meilleure amie, une maison accueillante, du gâteau au chocolat. Gwen a promis d’élargir ma culture musicale pour pouvoir rabattre son caquet à Mathilde. Parce que, bon, la dernière fois m’a suffi. Je n’ai pas trop envie que chaque mercredi après-midi soit une séance d’humiliation on air. Cette émission de radio est en train de ruiner ma réputation. J’ai dit à Mathilde qu’il n’y avait que les losers qui nous écoutaient, mais il faut croire que ça fait quand même du monde. J’ai déjà eu le droit à deux, trois réflexions bien senties par des gens qui ne m’avaient jamais adressé la parole auparavant et, franchement, ça ne fait pas du tout plaisir de se faire envoyer à la figure sa nullitude musicale par des inconnus.

La chambre de Gwen est trop confortable. Elle vit dans un appart haussmannien qui doit faire 200 m2 avec cheminées et moulures au plafond. Son père et sa mère sont les plus adorables du monde. Il va falloir qu’on m’explique pourquoi les parents des autres ont toujours l’air mieux que nos propres géniteurs. C’est un concept qui m’échappe. Le paternel de Gwen gère une entreprise de coupe de bois, je crois, genre patron de bûcherons mais je n’en sais pas beaucoup plus, sauf qu’il a toujours l’air très pris. Sa mère est infirmière urgentiste. Elle bosse beaucoup mais elle a une confiance aveugle en Gwen pour se gérer toute seule. Du coup, ma copine peut se faire percer le nez, revenir à pas d’heure et porter les fringues qu’elle veut. Ici, ça ne choque personne.
Il faut dire que son frère a largement ouvert la voie. Henri a quatre ans de plus qu’elle. Il a arrêté ses études juste après le bac et, maintenant, il bosse dans une boîte top branchée qui s’appelle Le Cube. Mais, surtout, Henri a les deux bras couverts de tatouages, un piercing dans l’arcade sourcilière, des plugs dans les lobes d’oreilles et il est beau comme un dieu. Un dieu un peu trash quand même. Genre Méphistophélès à la cool ou Loki.

Bref, je suis allongée sur le lit queen size de Gwen pendant que ma BFF essaye de m’inculquer un semblant de culture musicale. Et ça, c’est pas gagné…
« Si on essayait de faire différemment ? Si tu me composais une playlist que je passerai la prochaine fois. Je veux dire, quelque chose de vraiment pointu que Mathilde ne connaîtrait pas. Elle peut pas tout connaître, quand même !
— Tu veux dire, un peu de hard rock, un peu de metal. Du Rammstein, du Alice Cooper, du Korn et un peu de Lordi… ? »
Je secoue vivement la tête.
« C’est ça, c’est exactement ça ! »
— Daf ! Tu ne sais même pas de qui je parle ! Tu ne connais aucun de ces groupes ! Mathilde comprendra tout de suite que je t’ai rencardée ! Non, il faut se montrer un peu plus subtiles que ça… »
Franchement, est-ce de ma faute si ma famille ne m’a rien transmis en matière de musique ? Ma mère est restée bloquée dans la chanson française des années 1970 (France Gall est son héroïne) et mon père ne jure que par Radio Classique. Ma sœur aurait pu me donner des pistes, mais elle est encore plus nulle que moi (c’est dire). Pour elle, la musique, ce n’est que du bruit qui l’empêche d’étudier. Elle est en Maths sup et on dirait qu’elle a 78 ans dans sa tête.
Nous passons le reste de l’heure à écouter des chansons qui, d’après Gwen, correspondent plus à mes goûts.
« Carmen Maria Vega ?
— Définitivement ton style. » Play

« Gwen ! »

On sursaute toutes les deux. Henri vient de faire irruption dans la chambre.
« Ptn ! Henri ! Frappe avant d’entrer !
— Salut Dafroza ! me lance Henri avec un sourire plein de dents toutes blanches.
— Salut Henri, je réponds avec l’impression que mes joues prennent feu.
— Papa veut savoir si Dafroza reste manger.
— Elle reste même dormir si tu veux tout savoir. Mais… t’as pas un appart à toi ? Qu’est-ce que tu fais à la maison ?
— C’est aussi ma maison. Et j’ai le droit de venir aussi souvent que je veux pour embêter ma sœur chérie. »
Il s’approche pour décoiffer les cheveux de Gwen avec un geste affectueux de grand frère. J’aimerais bien qu’il fasse la même chose avec moi. Mais Gwen n’a pas l’air d’apprécier.
« Oh, ça va ! Lâche-moi ! Grr… Sors de là, espèce de squatteur ! (Elle attrape un coussin et lui envoie dans la figure.) Dégage !
— O.K., je m’incline devant la vindicte populaire. »
Il recule en m’envoyant un clin d’œil qui fait chavirer mon cœur.
« À plus, Dafroza ! »
Alors que je le regarde disparaître avec un soupir, un coussin me frappe le visage avec force.
« Arrête de mater mon frère ! PTN ! C’est juste Henri ! Je te jure, tu peux trouver dix fois mieux.
— Il est tellement… sexy. J’adore ses jeans slims, ils moulent son petit cul à la perfection.
— Ah ! Mais, tais-toi ! Tu peux pas parler comme ça de mon frère ! »
Gwen se jette sur moi et on roule dans les draps en se bagarrant à grands coups de coussins et de peluches.
« Oh ! Un peu de tenue, les greluches ! On n’est pas à la ligue de catch féminin ici ! »
Gwen et moi, on se redresse, surprises. Henri est déjà de retour.
« Mais f*ck ! Henri ! Tu peux pas entrer comme ça !
— C’est pourtant ce que je viens de faire, ma chère sœurette.
— Je vais le dire à Papa !
— C’est lui qui m’envoie. Il veut te parler. Maintenant. Et je voulais aussi savoir si mademoiselle Dafroza mangerait de la viande au dîner…
— Paaapa ! s’écrie Gwen en sortant de sa chambre à la recherche de son père. Je suis occupée ! Avec Daf ! Kestuveu ?… »
Le reste se perd dans les profondeurs de l’immense appartement.
Je me retrouve seule allongée sur le lit, seule face à Henri qui continue de me mater en souriant. Bon sang, ce sourire. On a l’impression qu’il a plus de dents que la normale tellement il est carnassier. J’ai soudain l’impression d’être le petit chaperon roux face à l’immense et super sexy grand méchant loup. Je finis par m’asseoir en tailleur sur le lit pour essayer de retrouver une certaine contenance.
« Alors ? me demande Henri.
— Alors quoi ? » je répète, en essayant de mettre de l’ordre dans mes pensées chahutées par sa seule présence. Il y a quelque chose d’animal qui se dégage de lui, quelque chose de…

« Tu manges de la viande ou pas ? »

Ah oui, c’était pour ça qu’il venait, c’est vrai. J’attrape un gros coussin que je serre contre moi pour faire comme un bouclier moelleux entre lui et moi.
« Euh, oui.
— Parfait ! Alors, ce sera côte de bœuf pour tout le monde ce soir. Tu n’as rien contre la cuisson bleue ? J’aime quand la viande palpite encore. »
Beurk.
« O.K… Oui… Comme tu veux », j’ajoute en retenant une grimace dégoûtée.
Il finit par s’en aller, satisfait. Je reprends mon souffle, troublée par ce tête-à-tête déconcertant.
Gwen revient deux minutes plus tard avec un air exaspéré. Elle claque la porte et s’affale sur le lit, tête la première dans les coussins.
« Ça va ? » je demande au bout de quelques secondes d’immobilité.
Elle pivote finalement vers moi, l’air triste.
« Oui. Non. C’est compliqué… Des histoires de famille. Il faut que… Mais tu as de la chance, tes parents à toi sont cool. »
Je m’étouffe à moitié. Elle ne sait pas de quoi elle parle.
« Excuse-moi ? J’échange quand tu veux. Je garde juste mon petit frère parce que lui, il est vraiment trop mignon. »
Je viens m’allonger à côté d’elle, les yeux tournés vers les moulures du plafond en forme de paniers de fruits. Gwen prend une voix rêveuse.
« J’aimerais bien avoir un petit frère. Au moins, je ne serais pas la plus jeune de la famille. Tu ne sais pas ce que c’est que d’être la dernière. Tout le monde te juge, t’attend au tournant. Quand je dis tout le monde, c’est pas que mes parents et Henri, hein. C’est aussi mes oncles, mes cousins… Bon sang, il y a trop de mecs dans cette famille.
— Je te file ma sœur quand tu veux. Tu n’as qu’à la marier à l’un de tes cousins.
— Oh oui ! Comme ça, on deviendrait cousines par alliance. Ce serait trop cool. Tu pourrais venir à toutes les fêtes de famille.
— Et enfin voir le manoir dans les bois ? Celui où les Moldus n’ont pas le droit d’aller ? Non, mais tu te rends compte qu’on pourrait se faire des campings de malades dans ta forêt mais que, non, c’est pas possible, parce que c’est interdit par la « tradition Managarm ».
— Oui, celui-là ! Mais arrête avec ça ! Justement, changement de programme, tu dois rentrer chez toi après le repas. Mon père m’emmène au manoir ce soir… Réunion de famille, j’avais oublié… »
Je me retourne pour la fixer droit dans les yeux :
— Sérieusement ? Tu veux que je m’en aille ?
— Ouais. C’est comme ça. Je… C’est mieux comme ça…
— Mais où est passée la Gwen rebelle que je connais ? Rendez-la-moi !
— Ha, ha !
— On pourrait rester ici avec Henri si ton père veut aller dans les bois.
— Ah non ! Laisse mon frère en dehors de ça ! Il est déjà beaucoup trop présent en ce moment.
— Il a une copine ? » je demande avec le ton le plus innocent que je trouve.
C’est au tour de Gwen de me regarder sérieusement :
« Daf, je suis sérieuse. Arrête de fantasmer sur lui. L’idée de toi et lui dans un lit, ptn, c’est trop bizarre. »
Je prends l’air choqué. Bon, c’est vrai que ma seule expérience avec un mec remonte à quelques mois déjà et que ça n’a pas été plus loin que des séances de pelotage, mais quand même !
« Merci du tableau. Il me semble que tu n’as pas trop de conseils à me donner, espèce de sale vierge.
— Sale vierge ? C’est pas un oxymore, ça ?
— Très drôle.
— Dafroza, laisse-moi te dire qu’Henri n’est pas du tout le mec qu’il te faut. Il ne ferait qu’une bouchée de toi.

Tu es beaucoup trop… innocente. »

À suivre.

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