Générique. Play

C’est l’heure de Radio Monstre ! Un peu de musique, quelques créatures magiques, du fantastique et tout part en cacahuète. Forcément.
À lire chaque semaine dans Carbone.

#staytuned

Mathilde – Le Cube – samedi 13 mai 2017 – 23 h 38

« Waaaaaa ! J’en reviens pas qu’on soit rentrées !
— Tu peux remercier Gwen pour ça. C’est Henri qui l’a rencardée sur la façon dont les videurs font le tri à l’entrée.
— Mais f*ck ! Je suis au Cube ! Oh là là ! C’est bon ça ! »
C’est l’extase. On vient de laisser nos manteaux au vestiaire et on avance dans le couloir couvert d’affiches de concert. Les meilleurs groupes ont joué ici, les meilleurs DJ, les meilleurs chanteurs. Bon sang, la programmation est à tomber.
Dafroza et moi, on débouche dans la boîte proprement dite. C’est énorme. La musique est parfaite, les basses résonnent dans ma cage thoracique comme pour m’inviter à me laisser gagner par le rythme. Au-dessus de la piste, à plusieurs dizaines de mètres des danseurs, suspendu au plafond par des câbles en acier, un énorme cube en miroirs donne son nom aux lieux. Sa surface réfléchissante renvoie les lumières projetées un peu partout. Au bout de la piste, juché sur une plate-forme, œuvre DJ Malik, un ptn de MC super connu. Lunettes de soleil, gros casque, petite barbe bien taillée comme il faut, super fripes, impeccable. J’en aurais presque les larmes aux yeux tellement je le kiffe.
Je lisse ma petite robe noire, oscille sur les chaussures à talons que j’ai piquées à Julie, ma sœur, et slalome entre les danseurs, peu à peu gagnée malgré moi par la musique. Mon menton bat le rythme, bientôt imité par mes épaules, mes bras, mes hanches, mes pieds. Ça y est, je danse.

À côté de moi, Dafroza n’a pas l’air particulièrement dans son élément. Elle est coincée, aucune fibre de son corps ne bouge. On dirait un épouvantail planté sur deux bâtons. Elle regarde autour d’elle, les bras serrés, hermétique à la puissance de la musique. Elle semble chercher quelque chose. Soudain, son regard s’éclaire. Elle fait des signes, je suis son regard : c’est le bar qui est là-bas. Un très long comptoir en zinc derrière lequel officient des jongleurs de cocktail. Je secoue la tête, l’air de dire « attends un peu » et j’essaie de détourner son attention en l’attrapant par les mains pour lui transmettre le rythme qui bat dans mes veines. Domp domp domp… C’est simple et tellement naturel. Allez Dafroza, laisse-toi aller. Cinq minutes de danse ne vont pas changer la face du monde…
Je sens la fermeté de Dafroza qui flanche. Sa poigne s’amollit entre mes mains, elle est prête à se laisser gagner par le rythme et l’ambiance détendue. Puis, son naturel reprend le pouvoir et elle se tend de nouveau et m’attire pour me glisser à l’oreille.
« Souviens-toi qu’on n’est pas là pour ça. »
Je hoche la tête, dépitée, et cède en la suivant à travers le flot de danseurs. Elle a raison, même si c’est dur à admettre. Je lui ai promis que je venais pour voir Henri et lever le mystère de la disparition de Gwen. J’espérais juste qu’on pourrait profiter d’un petit intermède musical avant de s’attaquer au gros du problème. Bon, de toute façon, maintenant que je connais le truc pour entrer dans cette boîte, je ne vais pas l’oublier. À moi le Cube quand je veux !
Je prie intérieurement pour que mes parents ne soient pas pris d’une envie subite de vérifier mon alibi. Je suis censée être chez Dafroza qui est censée être chez Gwen qui est censée être chez elle…
En fait, je crois que c’est le moment de revenir un peu en arrière dans le déroulement de cette soirée.

Attention flash-back !

Donc, ça sonne à la maison vers 22 heures. Papa ouvre et tombe sur Dafroza qui me réclame. J’arrive, déjà en pyjama, complètement hallucinée que cette nana se pointe chez moi un samedi soir. #Kestuveux ? Elle m’attire dehors avec un regard de complotiste. Elle porte un long imper fermé jusqu’au dernier bouton, elle doit crever de chaud ! Je croise les bras et j’attends qu’elle prenne la parole parce que, la vie de ma mère, je ne vois pas ce qu’elle fait ici.
« Je vais au Cube, murmure Dafroza. Est-ce que tu veux venir avec moi ? »
Je reste muette, mes bras tombent littéralement le long de mon corps. Voilà la dernière chose à laquelle je m’attendais. Qu’une fille comme Dafroza me propose d’aller visiter le saint Graal des boîtes. Qu’est-ce qu’elle croit ? Depuis que j’ai onze ans, je rêve d’aller au Cube.
« Oui ! » je réponds, avant de me taper mentalement sur les doigts. Idiote. Réfléchis avant de parler ! Et pose des questions ! Et qu’est-ce qui lui fait croire qu’elle va pouvoir entrer vu qu’elle n’a pas du tout l’air d’être majeur.
« Non, attends… Pourquoi tu veux aller là-bas ? »
Voilà, ça c’est une très bonne question. Dafroza me regarde, plus déterminée que jamais. Ses yeux sont joliment maquillés, ça fait ressortir le vert de ses iris.
« Je suis allée chez Gwen tout à l’heure. Elle n’y était pas. Sa mère m’a mise dehors comme si je n’étais qu’une intruse. Bref, mon dernier espoir est d’interroger Henri, son frère. Il est barman au Cube. Alors, voilà, je vais là-bas et je me suis dit que tu voudrais m’accompagner.
— Pourquoi moi ? »
Je reste méfiante. Ennemies un jour, amies le lendemain ? Ce n’est pas mon genre. Même si j’ai quitté le stade où elle m’insupportait, je ne suis pas encore prête à aller faire la fête avec Dafroza. Ce serait trop bizarre.
« Parce que je ne rentrerai pas toute seule. Parce que tu es le type de fille qui me permettra de rentrer.
— Le type ? »
D’un seul coup, je me demande si Dafroza ne serait pas un brin raciste.
« Une fille cool, explique la rousse en soupirant parce que les mots ont l’air de lui coûter. Une fille qui s’y connaît en musique et en DJ. Une fille qui est à l’aise dans son corps et qui a du répondant.
— Une fille cool… je répète pour prendre bien le temps d’assimiler ce merveilleux compliment. Je suis une fille cool…
— Oui, confirme Dafroza avec une grimace assez expressive pour m’apporter la preuve qu’elle n’est pas en train de me baratiner. Moi, je suis… Bah, je suis bourrée de complexes, nulle en musique et puis je suis pas très belle.
— Oh là ! Attends, attends, je la reprends. Puisqu’on en est à l’étape des compliments. C’est vrai que tu es une quiche en musique mais je crois que tu ne te rends pas compte combien tu es belle. T’es canon, ma rousse. Une putain de belle plante. »
Dafroza sourit timidement.
« C’est gentil.
— Ah non. C’est pas gentil. C’est juste vrai. Tu me connais, je suis pas du genre à jeter comme ça des fleurs aux gens. Je te dis la vérité telle qu’elle est. »
Donc, passé ce petit échange de compliments typiquement féminin, nous avons conclu un pacte, elle et moi. Elle me montre le truc pour entrer au Cube et, en échange, je l’aide à suivre la piste de Gwen. Le reste s’est mis au point très vite. Je suis montée chercher une robe de soirée dans ma chambre et du maquillage (et les jolies chaussures de Julie dérobées en loucedé) et j’ai tout fourré dans un sac. Maman a trouvé un peu étrange cette invitation tardive.
« Non, mais tu vois, c’était prévu depuis longtemps mais, après on s’est fâchées, alors je t’en ai pas parlé parce que pour moi c’était hors de question. Sauf que là, Dafroza est venue pour s’excuser en personne et donc, du coup, on est plus fâchées et les autres filles nous attendent et puis je voudrais vraiment y aller, à cette super soirée pyjama. Allez maman, dis oui. Steuplaît, steuplaît, steuplaaaaît… »
J’ai tellement saoulé ma mère qu’elle a dit : « O.K., mais te couche pas trop tard et puis pas d’alcool, hein ? » Il faut dire que la tête de première de la classe de Dafroza a bien aidé aussi.

Donc, on a filé, on a pris le bus et je suis allée me changer dans les toilettes d’un McDo. Cela faisait un peu Cendrillon de la frite, mais bon, pas le choix, on n’allait pas se pointer chez Dafroza alors qu’elle était censée être chez Gwen. C’est la première fois que je mens à ce point à mes parents, ça me fait tout bizarre.
Ensuite, on s’est enfoncées dans la City. Le Cube est situé dans le quartier d’affaires de notre ville. Impossible de caser une boîte de cette taille dans les vieux immeubles du centre-ville. La City, ce sont des tours de verre et d’acier qui donnent le tournis et des rues toutes droites comme aux States. Le soir, une fois les hauts buildings vidés de leurs cols blancs, une autre faune envahit les rues : des clubbers, des groupes d’amis qui naviguent de bar en bar, des étudiants, des artistes, des musiciens… Bref, des gens cool qui cherchent à se détendre et à profiter des petits restaurants et des bars branchés qui ont ouvert dans les contre-allées.
On est entrées dans le Cube avec une facilité déconcertante. Si vous comptez sur moi pour transmettre le truc pour passer les videurs, vous pouvez vous brosser.

Retour au direct.

Dafroza nous entraîne jusqu’au zinc. Ils sont au moins six, quatre mecs et deux nanas, tous en train de préparer des cocktails, servir des bières, ouvrir des bouteilles de vin ou de champagne. Lequel des quatre est Henri ? Je laisse ma copine scanner le bar. Elle jette son dévolu sur un grand type en débardeur blanc tatoué des deux bras. Elle déconne ? C’est ce beau blond, le frère de Gwen ? J’hallucine ! Ce mec est beau comme un dieu alors que sa sœur… Bah, c’est pas ça quoi.
On s’approche et le type nous calcule direct comme s’il nous avait senties. Il jette un regard surpris à Dafroza puis, rapidement, je devine de la colère dans ses pupilles. Putain, il n’est pas content de nous voir là, pas du tout. Dafroza et moi, on s’assoit au bar et Henri, de son côté, pose les mains à plat sur le comptoir, féroce.
« Bordel ! Qu’est-ce que tu fous là ? demande-t-il à Dafroza entre ses dents serrées en m’ignorant ouvertement (je déteste qu’on m’ignore).
— Bonjour d’abord, je corrige à voix haute pour couvrir les boum boum de la musique. Ou plutôt bonsoir.
— T’es qui, toi ? » interroge le tatoué en tournant la tête vers moi et en me fusillant de ses yeux orange.
Pas commode, le frérot. Je ne me laisse pas démonter pour autant. Je m’apprête à répondre quand Dafroza le fait pour moi.
« C’est Mathilde, la nana de la radio. Gwen t’a forcément parlé d’elle. »
Comment ça, forcément ? Ça veut dire quoi, forcément ? Pourquoi Gwen lui aurait parlé de moi ? Et puis, parlé… En bien ou en mal ? Non, non, ne t’énerve pas Mathilde. Pas tout de suite…
Je reprends, d’une voix lente et calme.
« Donc, bonsoir, moi c’est effectivement Mathilde. Tu devines sûrement pourquoi on est là ?
— Pour chercher les ennuis, je dirais », répond Henri du tac au tac.
Il se penche vers moi et me décoche un sourire carnassier qui fait bizarre. Trop de dents. Je lui renvoie ma version petite fille innocente avec moue, index sur les lèvres et battements de cils. Pas besoin de parler. Il veut jouer au méchant loup, je fais le chaperon.
« Ton odeur est étrange, petite fille, me lance le garçon tatoué.
— J’espère que c’est un compliment, je réplique aussitôt.
— Est-ce que tu veux que ça en soit un ? » ajoute Henri.
Je m’abstiens de répondre tout de suite. J’adore ce jeu ! Je prends le temps de lui envoyer un grand sourire, puis j’annonce d’une voix aiguë :
« Oh mère-grand, comme vous avez de grands tatouages ! »
Je vois Henri rire. Touché.
« Qu’est-ce que vous voulez boire ? demande-t-il en se détendant.
— Whisky-Coca pour moi !
— C’est ça, oui… lâche Henri. Un Coca pour Mathilde. Et toi, Dafroza ? »
Dafroza ouvre la bouche sans répondre, les sourcils froncés. Elle est décontenancée. Ce n’est pas comme ça que les choses devaient se passer selon elle. Je vois qu’elle est plutôt du genre à aller droit au but.
« Un Coca pour elle aussi, je réponds à la place de la rousse.
– Deux Coca. C’est parti. »
Henri s’éloigne pour aller préparer la commande. Dafroza me regarde sévèrement.
« À quoi tu joues ?
— Il est sympa, le frère de Gwen.
— Tu te souviens de pourquoi on est là ?
— Comment l’oublier vu que tu joues les rewinders toutes les trente secondes.
— Alors, pourquoi tu dragues Henri ?
— Est-ce que je détecterais une petite pointe de jalousie ? »
Dafroza rougit. J’adore les rousses. La moindre émotion les fait passer à l’écarlate.
« Pas du tout, se défend-elle comme si son épiderme n’avait pas parlé avant elle.
— T’inquiète. C’est pas de la drague, c’est juste un jeu. Il est beaucoup trop vieux pour moi. Mais tu devrais te réjouir. Qui dit vieux dit expérimenté. »
Nouveau coup de rouge pour Dafroza. Tiens ? Je pensais que rougir jusqu’aux oreilles était juste une expression !
« Arrête ! Je suis pas là pour… Et puis Henri est le frère de… Et puis, je suis pas du tout…
— Ptn ! Je te fais marcher, Daf ! Tu tombes tellement vite dans le panneau ! »
Henri revient avec les boissons. Il nous a ajouté une paille et un petit mélangeur phosphorescent. Trop classe ! J’avale une gorgée de boisson. Les bulles me coulent dans la gorge en crépitant. Trop bon !
« Hé ! Où est mon whisky ? » Je râle pour faire bonne mesure face à Henri.
Il sourit à ma petite blague. Puis, il ajoute de sa voix grave :
« J’en reviens pas qu’on vous ait laissées rentrer. Les videurs sont vraiment nuls. »
Puisque Dafroza garde le silence en fixant son verre de Coca, je me sens obligée d’expliquer.
« À ce qu’il paraît, Gwen a rencardé Daf.
— Oh ! Vous avez fait le truc des lesbiennes ? s’amuse Henri. T’as fait ça, Daf ?! J’aurais jamais cru ça d’une fille sage comme toi. »
Nouveau fard pour Dafroza qui garde le silence et pince les lèvres.
« C’est là que je rentre en scène, j’ajoute avec un petit brin d’autosatisfaction. Je suis pas gay, hein, mais je joue assez bien la comédie et il paraît que je suis une fille cool.
— Je vois. Vous avez intérêt à garder le secret, sinon cette boîte va bientôt pulluler de lycéennes. Pas bon pour les affaires.
— Motus et bouche cousue, j’annonce en faisant mine de coudre mes lèvres. Ce qui est sûr, c’est que tu vas me voir souvent. J’adore cette boîte.
— La programmation est bonne, hein ?
— À tomber. C’est vraiment énorme. Jamais j’aurais cru… »
Un coup violent sur le comptoir vient interrompre notre conversation.
« Henri ! Où est Gwen ? » rugit Dafroza.
Henri secoue la tête comme pour bien montrer qu’il ne dira rien. Ça ne plaît pas à Dafroza.
« Putain ! Dis-moi où est ta sœur ! Tu le sais forcément ! »
Nouveau silence d’Henri, qui croise ses bras sur sa poitrine. Cela me permet de mieux détailler ses tatouages. Ce sont des motifs viking, des espèces de runes entrelacées avec des têtes de loups stylisées. Très chouette, mais un peu trop mystique à mon goût. La colère de Dafroza s’efface pour laisser la place au désespoir, le même qui l’habite depuis trois jours maintenant.
« Henri ! Tu ne comprends pas ! Tu es mon dernier espoir ! Même ta mère ne veut pas me dire où est Gwen. »
Henri décroise les bras pour poser les mains à plat sur le zinc.
« C’est bon, Daf. Elle va bien. Tu n’as pas besoin d’en savoir plus. »
Erreur tactique. Il n’aurait jamais dû craquer. Dafroza se jette sur la faille.
« Donc, tu sais où elle est. Dis-le-moi !
— Je ne peux pas. Je te jure. Mon père va me tuer. Et je ne te parle pas de ma mère. Tu la connais, elle est redoutable.
— Oh, le pauvre choupinou ! je me moque. Il a peur de sa maman. »
Et puis, soudain, sans prévenir, Dafroza se met à pleurer à grosses larmes. Genre morve et mascara qui coule. On dirait que les digues ont lâché. Henri est super gêné. Il y a de quoi. Même ses collègues lui jettent un regard intrigué. Je saute sur l’occasion pour remuer le couteau dans la plaie.
« Ah bah voilà ! T’es fier de toi ? Faire pleurer les filles ! Mais quel goujat ! »
Autour de nous, quelques buveurs et danseurs ralentissent pour assister au spectacle de Dafroza en pleurs, avachie sur le comptoir. Henri ne sait plus où se mettre.
« Mais Daf ! Arrête ça ! » gronde-t-il entre ses dents.
Dafroza se redresse, de nouveau déterminée.
« Alors, dis-moi où est Gwen. Dis-le-moi ou je ruine ta réputation une bonne fois pour toutes.
— En même temps, je ne pense pas que tu sois la première fille qu’il fait pleurer », je fais remarquer en avalant une gorgée de Coca.
Puis, j’ajoute en haussant le ton pour que ma voix porte bien loin :
« Mais tu es sûrement la première mineure qu’il met enceinte. Tu es sûre que tu ne veux pas le garder, Henri ? »
Henri ouvre grand les yeux, comme s’il était acculé.
« O.K. ! Ça va ! Arrêtez ça tout de suite ! »
Dafroza relève la tête de ses bras croisés sur le comptoir. Son mascara a dégouliné tout autour de ses cils, lui faisant comme des yeux de…
« Petit Panda ! »
Mon amie rousse me jette un regard courroucé avant de se tourner vers Henri.
« Alors ? »
Henri penche la tête en avant. Il se rend en grommelant son mécontentement.
« J’ai vraiment pas besoin de ça ce soir. Déjà que bosser une nuit de pleine lune est particulièrement chiant…
— Qu’est-ce que la pleine lune a à voir… » je demande sans comprendre complètement ce que marmonne le barman dans sa barbe naissante.
Mais Dafroza m’interrompt avant que j’aie pu terminer.
« Henri ! Je t’en prie !
— Ça va ! Ça va ! cède-t-il. Elle est chez moi. »
Il sort son portable de sa poche et tapote dessus pendant une dizaine de secondes, puis se penche vers nous.
« Daf, je t’ai envoyé une géolocalisation de mon immeuble. Mon appart est le numéro 29. Tu frappes le rythme de “La Marche de l’empereur” pour t’identifier comme ami.
— Le film avec les pingouins ? je demande. C’est con. Comment veux-tu qu’on se souvienne de la musique de ce ptn de documentaire ? »
Henri explose de rire à gorge déployée. Dafroza me regarde avec ses yeux de panda écarquillés comme si je venais de dire une énormité.
« Star Wars, tu connais ? interroge Henri en mode mdr.
— Aaah ! je comprends soudain. #DarkVador !! Fallait le dire ! »
Henri essuie les larmes qui lui mouillent les yeux.
« Ah, putain, ça fait du bien. Sérieux, j’adore ta nouvelle amie, Daf ! Elle est à croquer. »
Je bombe le torse avec fierté. Faire rire ne me dérange pas et j’aime qu’on m’adore. Soudain, alors qu’il parcourt du regard la salle derrière nous, le sourire d’Henri disparaît d’un seul coup. S’il n’y avait pas autant de musique pour tromper mes sens, je jurerais même l’avoir entendu grogner comme un ours mal léché. Brusquement hyper sérieux, il se penche vers nous pour récupérer nos verres vides et nous glisser à l’oreille.
« Bon, les filles. Écoutez-moi attentivement. Il y a des gens pas recommandables qui viennent d’entrer dans cette boîte, alors vous allez me faire le plaisir de passer discrètement par la sortie des employés. C’est la porte près des toilettes des filles avec une indication staff only. Vous entrez, vous traversez la réserve, puis vous poussez la porte suivante pour vous retrouver dans la ruelle. O.K. ? »
Je hoche la tête avant de croiser le regard intrigué de Dafroza. Je fais un geste du menton. Allez, zou ! On écoute ce que dit le grand frère. Il a l’air de savoir de quoi il parle.
On se lève et on salut Henri. Mais, à peine libéré, le frère de Gwen est déjà accaparé par un quatuor de nanas hystériques qui réclament des cocktails à tue-tête. Dafroza et moi, on se dirige donc vers les toilettes, mine de rien. Alors qu’on rentre dans le couloir qui mène au pipi-room, Dafroza se fige et m’arrête en m’attrapant par le bras.
« Quoi ? Qu’est-ce que… ? »
Je ne termine pas ma phrase parce que ma mâchoire s’est décrochée de surprise.

WTF ?

Devant nous se tiennent trois connaissances et pas les meilleures. Chloé et ses copines hockeyeuses. Les enfoirées qui ont voulu bousiller ma salle radio.
Ça fait bizarre de les voir en petites robes moulantes. Ça change du maillot de hockey. Heureusement qu’elles n’ont pas leur crosse.
Elles ont l’air aussi surpris que nous. Merde, la vie est vraiment chiante quand elle te met des bâtons dans les roues.

Dire qu’on allait partir.

À suivre.

a1efe462f0fa9d6e35b76feb895c0a05]]]]]]]]]]]]]