Générique. Play

C’est l’heure de Radio Monstre ! Un peu de musique, quelques créatures magiques, du fantastique et tout part en cacahuète. Forcément.
À lire chaque semaine dans Carbone.

#staytuned

La porte s’ouvre. C’est Rayan qui ouvre, Rayan et son sourire communicatif, Rayan et son accent de kéké marseillais.
« Chaud ! Julien ! Te voilà, mec ! La vie de ma mère, chuis trop content que tu sois venu ! »
La musique absorbe Julien et le couvre comme une seconde peau. La voix de Sean Paul retentit, relayé par le soprano mélodieux d’une chanteuse. Julien reconnaît un titre du moment. « Rockabye » de Clean Bandit Play. Pas vraiment son choix de musique, mais pourquoi pas. De toute façon, il est là pour se fondre dans la masse.
À l’intérieur, l’ambiance est détendue. Sur la table, rien de plus fort que des bières. Nico et Will sont assis dans le grand canapé qui occupe le centre du salon, ils boivent du Coca en parlant à trois filles que Julien ne connaît que de vue. Il lui semble que ce sont des hockeyeuses, mais pas sûr. De toute façon, Rayan l’a suivi et il est là pour faire les présentations.
« Les filles, voici Julien. Bogoss et dieu du hand. Sérieux, ce mec est un warrior sur le terrain, vous devriez le voir shooter en plein saut. C’est énorme. On dirait qu’il est en apesanteur. »
Julien laisse échapper un petit sourire devant ce flot d’éloges qui flatte son ego. Will et Nico se lèvent pour lui serrer la main. Les filles les imitent pour lui faire la bise. Il y a d’abord Margaux, une jolie brune aux cheveux très longs réunis par une tresse genre Lara Croft, ensuite Chloé, une fille nerveuse et longue à la coupe garçonne, enfin Maeva, une nana gironde et large d’épaules à la douce odeur de monoï. D’autres garçons débarquent juste après que Julien s’est assis dans un fauteuil face au canapé à boire du jus d’orange. Ce sont cinq footballeurs du sport-étude, jogging noir à rayures et chaussures flashy, coupes de cheveux improbables variant de la crête iroquoise au chignon Zlatan©.

De temps en temps, oncle Bob apparaît. Oncle Bob, c’est un peu Sandor Clegane, le Limier de GoT mais sans les brûlures. Ce type pourtant baraqué comme un rugbyman semble se déplacer avec légèreté. En plus, il affiche un calme impressionnant. C’est chez lui que tout ce petit monde se réunit. Rayan, venu s’installer à côté de Julien, le présente. C’est un peu lui le mentor du groupe. Mais de quel groupe au juste ? s’interroge Julien intrigué.
« Comme tu le vois, on est tous sportifs et on est plutôt bons chacun dans notre domaine. Mais on en veut un peu plus. Le sport, c’est plein de règles, de limites. Nous, on veut aller un peu plus loin, un peu plus fort. La compétition c’est notre truc, alors il nous faut des adversaires à notre mesure, sans arbitre.
— Je capte pas trop ?
— T’inquiète, tu comprendras bien assez tôt. »
Sur ce, Bob s’éclipse avec Chloé, Rayan et Gab, un footballeur, a priori pour une discussion en privé. Julien se retrouve au milieu d’un débat sur les résultats de la Champion’s League. Très peu pour lui. Il prétexte donc un tour aux toilettes pour visiter la maison. S’approchant de la cuisine, il capte une conversation qui provient de derrière une porte entrebâillée. Il reconnaît la voix grave d’oncle Bob, ainsi que celles plus aiguës de Rayan, Gab et Chloé.

BOB : Soyez plus efficaces. Ne foirez pas cette première mission parce que vos aînés vous attendent au tournant. C’est pourtant simple : on repère, on identifie, on traque.

CHLOÉ : Ouais, mais tu oublies, on suit les cours et on maintient son niveau sportif. T’abuses.

BOB : Fais attention au ton que tu emploies avec moi, jeune fille.

RAYAN : Chloé n’a pas tort. Toi et les autres, vous voulez qu’on surveille tu-sais-qui mais qu’en plus on recrute des noobs. Comment tu veux attirer du monde quand t’es toi-même nouveau au lycée ? Les groupes sont déjà formés.

Alors comme ça, tout le but de cette soirée, c’est de recruter des nouveaux ? Des nouveaux pour quel groupe ? Julien a bien une idée mais c’est une idée qui ne lui plaît pas. Wait and see. C’est sa devise. Attends et surtout ouvre bien les yeux. Sois comme le roseau dans le vent, ploie et épouse les rafales mais reste fermement ancré dans ton libre-arbitre.

GAB : Moi et Mike, on gère. On a ramené trois mecs à nous deux. C’était easy.

CHLOÉ : Oh toi, ça va hein. Toujours à la ramener.

GAB : Oui mais je peux me la raconter vu que je fais le taf. Tu vois la différence entre toi et moi ? Taf, pas taf.

CHLOÉ : Tu me cherches ?

BOB : Bon sang, Chloé ! La ferme ! Rayan, tu la sens comment ta recrue, là, Julien ?

RAYAN : Ce mec est un bon. Je veux dire, vraiment très bon. Mais il faut y aller mollo avec lui. Il est très prudent, toujours distant.

BOB : De toute façon, aujourd’hui, notre but est de lui donner envie de revenir. Chloé, où sont les nanas que tu devais recruter ?

CHLOÉ : Bah, en fait, disons que depuis que j’ai cassé le nez de Léa, les autres se méfient.

Bon, Julien en a assez entendu. Il s’éloigne de la cuisine d’un air nonchalant. Mince, son fauteuil a été pris par un footballeur en train de faire son malin devant Margaux qui rit à gorge déployée. Julien reste en retrait jusqu’à ce qu’une main vigoureuse vienne frapper son épaule. Il croit au retour de Rayan et se retourne vivement pour le rembarrer. Raté, c’est Chloé qui lui envoie un sourire censé être séduisant mais qui fait plus cannibale.
« Alors ? On joue les timides ?
— C’est juste que le foot et moi…
— Ouais, je comprends. De toute façon, on va passer aux choses sérieuses. Oncle Bob, Gab et Rayan sont partis chercher le matériel. »
Alors que la main de Chloé est toujours sur son épaule et que la garçonne tente un rapprochement gênant parce que terriblement explicite (« c’est fou comme tes cheveux sont doux »), les trois absents reviennent, les bras chargés de grosses caisses en plastique. Ils les déposent sur la table basse sans avoir besoin d’ameuter les invités. Tous forment un cercle pour voir ce que contiennent les boîtes. Julien n’est que trop heureux de les rejoindre et de se libérer de Chloé. D’un geste dramatique, Bob soulève le couvercle de la première.

« Vous avez déjà joué au paintball ? »

Il sort un lanceur et y fixe un réservoir de billes ainsi qu’une petite bouteille d’air comprimé. Les explications du Limier sont brèves mais précises. Tir en rafale, coup par coup, capacité du réservoir, distance de tir. Il ouvre ensuite la deuxième boîte qui contient des masques et des gants, puis la troisième où s’entassent des combinaisons kaki.
« Je vous invite à former deux équipes et à vous équiper. Ensuite, je vous emmène dans les bois pour une partie. »
Julien se retrouve dans l’équipe de Rayan avec Nico et Will, les autres handballeurs ainsi que Mike et Hugo, des footballeurs. Oncle Bob les fait monter dans un van noir et conduit silencieusement pendant vingt minutes. Il sort de la ville, traverse les faubourgs et rejoint la campagne boisée. Dans le minibus, l’ambiance est feutrée, studieuse, comme avant un match. Chaque équipe distribue les rôles et vérifie son matériel. Julien se sent bien. Il aime la tension qui court entre chaque joueur, la concentration de Rayan parfaitement à son aise dans son rôle de capitaine.
Dès qu’ils arrivent à destination, oncle Bob couvre le minibus d’une bâche et plante un drapeau bleu non loin, la couleur de l’équipe de Julien. Dans le soleil couchant, la forêt est encore accueillante mais les ombres rasantes annoncent une tout autre obscurité.
« Vous avez une heure pour vous défouler. Après, il fera trop nuit pour voir quoi que ce soit. Je pars avec les rouges planter leur drapeau au pied du grand cèdre qu’on aperçoit là-bas. Interdiction de commencer avant mon coup de sifflet. »
Sur ce, oncle Bob s’éloigne avec les six de l’équipe rouge. Rayan se lance dans un dernier débrief.
« O.K., les mecs. On récapitule pour Julien et Hugo dont c’est la première fois : le but est d’attraper le drapeau de l’équipe adverse et de le ramener ici, dans notre camp. Un impact sur les bras ou les jambes vous immobilise pour une minute. Dans ce cas-là, vous restez couché et vous comptez jusqu’à 60. Un coup dans la poitrine et vous êtes dead, hors-jeu, fini. Nico et Mike seront en première ligne, Julien et moi en deuxième vague. Hugo et Will, vous êtes les défenseurs, ne laissez aucun rouge passer. »
Après un cri de guerre, chacun prend position. Tout est comme sur le terrain. Julien sent monter l’excitation du match et, quand le coup de sifflet retentit, il est prêt.
On dirait qu’il a fait ça toute sa vie. Cette forêt pourtant étrangère lui semble familière. Les odeurs lui parlent, les bruits le guident. Il plonge derrière un buisson pour éviter une salve de tirs, roule au sol, puis rejoint Rayan, plaqué au sol derrière un tronc d’arbre.
« Merde ! Mike est déjà down ! Footeux de mes deux… »
Julien ne parle pas. Il est trop concentré. Il désigne à Rayan une trouée dans la végétation et s’élance. Son binôme le rejoint en faisant un boucan de tous les diables : froissements de feuilles, brindilles arrachées, respiration saccadée.
« Ptn ! Comment tu fais pour être aussi rapide, mec ! »
Julien porte son index à ses lèvres.

Silence !

Là-bas, non loin, des pas, un pied trop léger pour être celui d’un garçon. Julien avise un arbre tout près, un chêne tortueux, et grimpe au tronc en s’accrochant à l’écorce et au lierre qui le recouvre. Rayan essaie de le suivre, mais le lierre cède instantanément sous son poids. Il retombe maladroitement, attirant l’attention de Margaux. C’est la foulée de cette dernière que Julien vient d’entendre.
La fille rouge arme et met en joue Rayan, qui n’a pas encore eu le temps de se remettre debout. Mais Julien est plus rapide. Il appuie son épaule sur le tronc, stabilise son tir et abat Margaux d’une bille sur le plastron. Un rouge de moins. Sans un bruit, il redescend au sol, en n’oubliant pas de poser rapidement sa main sur le tronc du chêne qui vient de l’accueillir. Une façon de remercier l’arbre. Son geste est trop rapide pour que Rayan l’ait vu. Ce dernier se moquerait sûrement de lui s’il savait que Julien voue un respect presque religieux à la nature.
« Merci Tarzan ! » souffle Rayan à mi-voix en s’agrippant à sa main tendue pour se remettre debout.
Retour sur la terre ferme. Rayan et lui avancent de concert, communiquent sans mot, abattent un deuxième rouge puis un troisième qui semblait monter la garde. La victoire est à portée de main ! Au pied du cèdre, Julien s’empare du drapeau et s’offre même le luxe de taper dans les mains de Rayan pour saluer leur réussite. Dernière étape, revenir au camp en un seul morceau.
Un mouvement tire soudain Julien de sa concentration. Il retient l’élan de Rayan en lui coupant la route de son bras. Devant eux déboule un énorme cerf, sûrement dérangé par leur jeu. L’animal s’arrête devant eux, les naseaux ouverts, les bois dressés.
« Oh f*ck ! » laisse échapper Rayan dans son masque.
Julien ne bouge pas. Il ne veut pas paraître agressif face au prince de ces forêts. Mais, malgré l’immobilisme des garçons, l’animal n’a pas l’air serein. Son sabot gratte le sol, il renâcle bruyamment, il est sur le point d’attaquer. Il n’y a qu’une solution. Rapidement, Julien coince son arme sous son coude, retire son gant et tend sa main nue vers la bête. Le cervidé approche, renifle ses doigts et, dans un mouvement presque royal, semble s’incliner face au garçon. Ça dure une ou deux secondes, pas sûr que Rayan ait remarqué quoi que ce soit. Le cerf redresse la tête, s’élance dans un fourré en prenant appui sur ses puissantes pattes arrière et disparaît comme il est apparu. En un battement de paupière.
« F*ck ! répète Rayan. Mais f*ck. Mec, c’est la première fois que je vois un renne d’aussi près !

— C’est un cerf, précise Julien.

— Ouais, bah c’était… ptn, c’était trop dar. »
Le jeu n’est pas fini. Ils doivent encore revenir à leur camp et, à leur connaissance, il reste trois rouges dans la nature. Les garçons se reconcentrent et avancent à pas feutrés.

Soudain, un mouvement devant eux. Cette fois, Rayan n’hésite pas. Il se précipite et tire une salve de billes sans que Julien ait le temps de le retenir. Sur la piste de bûcheron qui sépare les deux camps, un gros pick-up vient de s’arrêter, son pare-brise rendu aveugle par les éclats de peinture qui le recouvrent. Dans son casque, Rayan se marre.
« Je l’ai pas loupé ! »
Mais le conducteur qui s’extrait de l’habitacle n’a pas l’air de rigoler, lui. C’est un homme massif aussi grand que l’oncle Bob. Le type, un barbu blond, avise Rayan et Julien. À ses épaules tendues et à ses poings serrés, on voit bien qu’il n’est pas content. Pas du tout. Rayan prend les devants et retire son masque pour présenter ses excuses.
« Scusez msieur. Dans la fièvre du jeu, je vous ai pris pour une cible.
— Vous êtes nombreux dans le coin ?
— Bah… Une douzaine », compte Rayan sur ses doigts.
L’homme lève la tête vers la cime des arbres et gonfle ses poumons. Les deux garçons le regardent faire, médusés. On dirait qu’il prend son temps pour renifler les odeurs alentour, comme s’il cherchait à confirmer avec son nez les informations données par Rayan.
« Mon garçon, grommelle finalement le barbu. Prends tes amis avec toi et quittez mon territoire tout de suite.
— Si je peux me permettre, intervient Julien. D’après les marques sur les arbres et les bornes le long du chemin, c’est une forêt domaniale. Nous ne sommes pas sur un terrain privé. »
Les yeux bleus de l’homme se tournent vers lui. Ce sont des yeux très clairs, glacials.
« Si tu veux t’adresser à moi, montre ton visage, jeune homme. Je ne parle pas à un masque. »
Julien obtempère. D’un geste lent, il retire son masque et essuie la sueur froide qui mouille son front.
« Voilà qui est mieux.
— Comme je disais, cette forêt n’est pas…
— Julien ! »
Le cri de surprise qui vient de retentir le fait sursauter. Il se tourne vers la voix et reconnaît Gwen, debout à côté de la porte arrière du pick-up.
« Gwen ? »
Julien ne comprend plus rien. Qu’est-ce que Gwen fait là ? À bord de cette voiture, au milieu de nulle part ? C’est complètement improbable ! Gwen lui renvoie le même regard interdit. Julien s’approche pour parler, mais il ne sait pas du tout par où commencer.
« Tu connais ce garçon ? » demande le barbu à la gothique.
Gwen rougit.
« C’est un garçon du lycée, papa. »
Papa ? Julien se tourne vers l’homme et l’examine plus en détail. Ces yeux bleus, cette bouche fine, ces pommettes. Pas de doute, c’est le père de Gwen. Comment a-t-il pu louper ça ?
Un brouhaha dans les fourrées attire leur attention à tous. Oncle Bob débarque sur la piste, accompagné du reste de la bande. Parmi eux, Gwen reconnaît…
« Chloé ? »
L’intéressée se tourne vers la gothique avec un sourire cruel.
« Salut Gwen.
— Qu’est-ce que vous faites là ? » demande Gwen en s’adressant autant à Julien qu’à Chloé.
Le garçon ne répond pas. En revanche, l’hockeyeuse à la coupe garçonne n’hésite pas. Elle agrippe son lanceur et met Gwen en joue.
« À ton avis, mauviette ? On joue au paintball. Déçue de ne pas avoir été invitée ? Si tu veux, on peut se rattraper…

Tu fais la proie et je fais la chasseuse. Partante ? »

Gwen ne répond pas. Elle envoie un regard de détresse à Julien qui ne bouge pas. Impossible qu’il intervienne maintenant et grille son prestige au sein du groupe. Il enrage de ne pouvoir rien faire. Pendant ce temps-là, Chloé continue sa provoc.
« En fait, on aurait dû t’inviter parce que j’adorerais jouer avec toi. Ouais ! Ptn, le kiff que ça serait ! Lire la peur dans tes yeux, te voir fuir devant moi, te regarder me supplier de t’épargner. Rhââ ! Ça serait trop…
— Assez ! » l’interrompt le père de Gwen.
Avant que quiconque puisse ajouter un mot, une troisième personne s’extrait du pick-up côté passager. Il s’agit d’un grand brun juste habillé d’un tee-shirt blanc qui laisse voir les tatouages de ses bras. Il s’avance d’un pas vif jusqu’à Chloé, s’arrête à quelques centimètres de la jeune fille et se penche vers elle pour la regarder dans les yeux.
« Salut Chloé. Je m’appelle Henri et je suis le grand frère de Gwen. Laisse-moi te proposer un truc, Chloé. J’aimerais beaucoup remplacer ma sœur au jeu que tu proposes. Le chasseur… La chassée… Alors, d’accord ?»
Pour une fois, Chloé la forte tête semble avoir perdu sa langue. Son interlocuteur ne la quitte pas du regard. Plus son discours avance, plus il sourit. Mais c’est un sourire qui n’en est pas un, un sourire qui montre beaucoup trop de dents pour être amical. Julien réprime un frisson. Bon sang, ce type sait se montrer flippant.
« Menace encore une fois, une seule fois, ma sœur, et je te promets que tu le regretteras, Chloé. Comprendo ? »
Chloé hoche la tête au ralenti. A priori, oui, elle a comprendo.

« Bon ! Ça suffit ! Henri ! Gwen ! Dans la voiture ! Maintenant ! » gronde le barbu d’un air mauvais.
Alors que ses enfants obtempèrent, le père Managarm s’attarde devant le pick-up. Il garde un moment le silence, dardant l’oncle Bob de son regard bleu glacial. Le Limier lui renvoie la pareille sans un mot mais avec un sourire loin d’être amical. Est-ce que ces deux-là se connaissent ? Enfin, le barbu rompt le duel en s’adressant à l’assemblée d’ados.
« Cette forêt n’est pas un terrain de jeu, c’est compris ? Trouvez-vous un autre endroit pour faire mumuse ! »
Puis, il monte à bord du véhicule, actionne deux-trois fois les essuie-glace et démarre en faisant gronder son moteur. Alors que le 4 x 4 s’éloigne sur la piste, les deux équipes rejoignent Bob qui invite tout le monde à retourner au minibus. Cette courte confrontation a calmé les ardeurs des sportifs et stoppé net le jeu.
Le soleil a disparu derrière l’horizon. L’obscurité monte vite dans la forêt dense. Quand ils arrivent au drapeau bleu, toujours en place, le van n’est plus qu’une ombre parmi les ombres. Alors qu’ils achèvent de ranger le matériel dans le coffre, Rayan pose sa main sur l’épaule de Julien avec un sifflement de fierté.
« Ptn ! Mec ! T’as eu un sacré aplomb tout à l’heure ! Vous auriez dû voir, vous autres, comment il a tenu tête au père de Gwen. »
Puis Rayan passe à sa sœur qui enrage depuis tout à l’heure. Il suffit de voir sa mâchoire crispée pour s’en rendre compte. À la place de Rayan, Julien ne la chercherait pas parce que Chloé a un sacré caractère.
« Ça va, sœurette ? Tu parles plus. Le méchant loup a mangé ta langue ? »
Chloé se jette sur Rayan, retenue de justesse par Margaux et Maeva. Chloé se débat, puis s’apaise et accepte finalement de grimper dans le van. Quand tout le monde est installé, elle se tourne vers Bob qui s’apprête à fermer la porte coulissante.
« Bob ! On les poursuit, hein ? On va quand même pas les laisser faire ! »
Bob écarte la question de la garçonne d’un haussement d’épaule. Dans la pâle lumière de l’habitacle, il pose un regard fier sur Julien.
« Rayan avait raison. Tu es un très bon joueur, Julien. Sans cette interruption, tu aurais certainement gagné. »
Julien hoche la tête en remerciement. Bob reprend.
« Finalement, ce jeu était presque trop facile pour toi, non ? Je vais t’inviter à la prochaine Full Moon Party. On va voir ce que tu vaux vraiment… »
Julien ignore ce que ça incombe, mais Rayan, Nico et Will ont l’air de trouver ça vraiment cool parce qu’ils le félicitent d’une tape dans le dos. Dans le ronronnement du minibus et l’obscurité apaisante, les ados ne tardent pas à somnoler. Il n’y a que Chloé qui est encore éveillée, bloquée en mode Revenge. Elle marmonne régulièrement des imprécations que Julien distingue plus ou moins. Ils tournent tous autour d’une seule et même personne.

« Je vais me la faire, cette Gwen ! Je vais me la faire ! »

À suivre.

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