On croyait avoir atteint des sommets avec Ronald Reagan, l’acteur-président tellement fan de laser qu’il aura lancé le projet Star Wars. Mais ce n’était rien devant Donald Trump, caricature absolue d’un américanisme boudin dont on avait presque oublié la réalité. Et si nous étions rentrés dans l’ère des super-vilains ?

Trump villain

Illustration © Arthur Adams

Il a déjà beaucoup été dit sur la question, passionnante, des influences réciproques de la réalité et de la télévision en matière de politique (et de géopolitique) américaine. Impression que, sur certains points, la télé a anticipé le réel (le président noir de 24), que sur d’autres le réel imite la télé (Obama et Romney en 2008, plus beaux, d’une beauté lisse de soap, que les acteurs qui auraient interprété leur rôle de candidat démocrate et républicain dans une fiction). On pourrait multiplier les exemples, de la bataille entre Matt Santos et Arnold Vinick, un démocrate issu d’une minorité, un républicain maverick, dans la saison 7 de The West Wing, qui semblait imaginer à l’avance le match Obama-McCain, à l’élection récente dans Homeland d’une progressiste de type Elizabeth Warren, réalité alternative donnant à voir aussi bien que l’actualité (dont elle serait en quelque sorte le gant retourné) les divisions du pays.

Trump paraîtrait plus à sa place dans Dallas (versant homme d’affaires) ou XIII (versant dirigeant chef de guerre) que dans une fiction politique d’aujourd’hui.

Pour qui s’intéresse à la question, l’élection de Donald Trump devait donner du grain à moudre. La première chose qui frappe chez lui est sa jouissance manifeste à être un villain. Un véritable méchant de fiction. La seconde, c’est qu’il ressemble plus au personnage d’une dystopie gonflée des années 1980 (disons un film de genre bourrin sur une Amérique prête à virer fasciste, une BD de Jean Van Hamme) qu’aux manipulateurs sophistiqués de fictions politiques plus récentes. Songeons à Frank Underwood, si désireux de brouiller les pistes : démocrate droitier, en réalité totalement post-idéologique, proposant une version extrêmement radicale du workfare (fini les protections, des jobs et rien d’autre, mais un job pour tous). Songeons, « dans la vie », à Nicolas Sarkozy, son plaisir visible, quand il le pouvait, à prendre le contre-pied, à nommer un homme de gauche ou à feindre d’être beau joueur. Rien de tel chez Trump, ou vraiment a minima – l’homme est suffisamment des années 2010 pour juger bénéfique de s’afficher avec Kanye West. Mais pour l’essentiel, pas de post-idéologie chez lui ni de bipartisanship malin, même parfaitement factice. Il y aurait bien sûr une lecture possible consistant à faire du 45e président des États-Unis (on ne s’y fait toujours pas) une incarnation des travers de son temps – rôle des réseaux sociaux, fake news, post-vérité, etc. Travers qu’il représente, et qu’il a utilisé surtout, avec une indéniable habileté.

Trump Villain

Illustration © Stephen Byrne

Il y a là évidemment une part de vérité, mais il est tout aussi possible de le considérer comme un homme du passé : d’avant le souci écologique, d’avant l’inscription dans l’agenda politique de la condition féminine… Encore une fois, à bien des égards, Trump paraîtrait plus à sa place dans Dallas (versant homme d’affaires) ou XIII (versant dirigeant chef de guerre) que dans une fiction politique d’aujourd’hui. Plus du côté des riches d’hier, dans leurs dorures, leur mauvais goût, que des milliardaires en jean. Plus proche d’un libidineux adipeux phallocrate de Mad Men que des républicains secrètement homosexuels ou bisexuels, foncièrement cyniques, qui peuplent les séries contemporaines. Ce n’est pas lui qui fera semblant de s’entourer de figures issues de minorités ou de milieux modestes, même par simple souci d’affichage. Son cabinet n’est composé que de blancs richissimes, d’héritiers racistes, âgés. Comme le dernier (?) tour de piste d’une génération consumériste, sexiste… qui serait presque comique s’il ne risquait d’avoir des effets dévastateurs.

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