Les années 1980 auront eu leur lot de chansons d’amour et de désillusion amoureuse interprétées par des femmes. « Total Eclipse of the Heart » de Bonnie Tyler, « Woman in Love » de Barbra Streisand ou encore « Coming Around Again» de Carly Simon. Si avec ces pop songs les chanteuses racontent l’histoire de leurs coeurs brisés, elles n’ont aussi plus aucune gêne à chanter leur envie de sexe dans des clips parfois torrides. Retour sur quelques tubes de cette décennie (à cheval avec le début des 90’s) dans laquelle Cher, Madonna, Tina Turner et bien d’autres ont donné aux femmes une voix en accord avec leurs désirs.

Cette playlist accompagne la sortie du troisième numéro de Carbone en librairie, spécial amazones !

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Bette Midler – Beast of Burden (1984)

Dans cette reprise aux paroles quelque peu modifiées des Rolling Stones, la fantasque Bette Midler prend la place d’un Mick Jagger (acteur dans le clip) qui, elle aussi, veut du sexe sans complication.

Comme Jagger tentait de persuader une femme de coucher avec lui, en lui assurant qu’elle pourra le jeter dans la rue sans ses chaussures une fois l’acte accompli, Midler négocie avec l’homme qu’elle convoite de lui faire l’amour (‘’all I want is for you to make love to me’’) en lui promettant qu’elle ne sera pas un fardeau pour lui (‘’beast of burden’’).

Dans le refrain, Midler le questionne, essayant de comprendre pourquoi la rencontre charnelle n’a pas encore eu lieu entre eux : ‘’Ne suis-je pas assez dure, ne suis-je pas assez frustre, ne suis-je suis pas assez riche, ne suis-je pas assez sexy ?’’.

La chanteuse, et occasionnellement actrice (dans les classiques The Rose, Hocus Pocus, Ex-First Wives Club), n’est pas étrangère aux chansons transpirant le désir. Puisque, dans son précédent album Thighs and Whispers (1979), elle s’extasiait déjà sur le cuir que portait son « chevalier » dans le titre disco « My Knight in Black Leather Play » (« Ceci est mon histoire et je n’ai pas honte de la raconter », proclame-t-elle au début) ainsi que sur un autre de ses amants dans « Hang on in There Baby ».

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Cher – Emotional Fire (1989)

Après l’album Cher en 1987, co-écrit par Jon Bon Jovi et Richie Sambora (avec lequel la chanteuse aura eu une relation intense, ayant confié au garde du corps du rockeur de stade qu’il serait rare de trouver un homme aussi bien monté que Sambora…), l’ancienne moitié de Sonny sort Heart of Stone en 1989 chez Geffen Records.

Véritable machine à tubes, puisqu’il contient « If I Could Turn Back Time Play » et « Just Like Jesse James Play», l’album est co-produit par Desmond Child, l’homme derrière le succès planétaire de « You Give Love a Bad Name Play » de Bon Jovi.

Avec la chanson « Emotional Fire Play » que le crooner Michael Bolton a offerte à la star, Cher n’accuse pas son amant de « donner à l’amour un mauvais nom » mais de la consumer toute entière par l’intensité de leur passion. « J’attends que la nuit tombe pour te revoir » chante-t-elle, professant qu’elle échangerait sa vie contre une seule nuit avec lui. « Rien ne peut faire baisser cette fièvre », déclare-t-elle, d’une voix presque douloureuse.

Cher chante l’absence, ce manque qui la consume, ce désir dévorant qui la brûle à chaque fois qu’ils se touchent. Si le texte n’est pas plus explicite, l’interprétation de la star laisse peu de doute sur cette sensualité qui l’embrase.

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Madonna – Burning Up (1983)

Incendie toujours avec « Burning Up Play » de Madonna. Sorti un an avant Like A Virgin, ce single aux paroles équivoques enflamme le premier album de la reine de la pop. On retrouve ici son goût pour les ballades provocantes qui participeront à faire d’elle une icône à la sexualité triomphante.

Comme Cher et Bette Midler, Madonna supplie l’homme qui hante ses nuits de venir coucher avec elle. « Je ne peux pas apaiser mon désir » (‘’I can’t quench my desire’’), « Ne sais-tu pas que je brûle dans l’attente de ton amour ? » (« Don’t you know I’m burning up for your love »), chante la star. Qui va jusqu’à demander à son amant s’il veut la voir à genoux (« Do you wanna see me down my knees? »), ou bien qu’elle se contorsionne, visiblement prête à tout pour qu’il soit satisfait – en précisant au passage que elle, contrairement aux autres femmes, ne ressent aucune forme de honte.

Moins réputé que « Justify My Love », le clip de « Burning Up » mérite cependant le détour puisque la chorégraphie de Madonna, dans cette vidéo dirigée par Steve Barron (réalisateur du clip « Billie Jean » de Michael Jackson), rend encore plus palpable ce désir qu’elle évoque. Se roulant sur la route, le regard défiant, Madonna la danseuse montre combien le désir peine parfois à être contenu par le corps.

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Laura Branigan – Self-Control (1984)

Si sa chanson « Gloria Play», adaptation d’un tube de Umberto Tozzi, aura accompagné la scène poignante dite de la patinoire dans Flashdance en 1983, c’est avec « Self-Control Play», une autre reprise (de l’italien Raf Play), que Laura Branigan explose.

« Tu m’ôtes tout contrôle de moi-même, tu m’ôtes tout contrôle de moi-même, tu me fais vivre que pour la nuit. Avant que le matin n’arrive, l’histoire est racontée » chante-t-elle, presque à bout de souffle, dans l’entêtant refrain de ce hit dont le clip est réalisé par William Friedkin (French Connexion, L’Exorciste). Sorte d’Eyes Wide Shut avant l’heure, la vidéo s’ouvre sur une scène avec une poupée au premier plan ; à l’arrière, un homme allongé sur le ventre, visiblement nu, paraît endormi. Branigan, vêtue de blanc, est également assoupie, allongée sur un canapé, une main entre les cuisses. Elle se réveille et se caresse le sein, laissant le spectateur devant cette question brûlante : vient-elle de se masturber ?

Branigan se lève ensuite, regarde par la fenêtre en se mordant la lèvre. La caméra la suit dans la rue, en route vers un club où elle danse et comprend qu’elle est poursuivie par un mystérieux homme masqué. Ce dernier l’emmène dans une soirée secrète où les invités entament une chorégraphie érotique. Effrayée, elle suit cependant l’homme et se retrouve dans la chambre du début. L’homme masqué, torse nu, commence alors à la déshabiller et à lui faire l’amour. La scène est entrecoupée d’un plan sur le visage de Branigan vue plus tôt sur son canapé, laissant ainsi penser que tout ça est un fantasme.

Le clip se clôture sur l’homme disparaissant alors que l’aube arrive. Branigan rejoint son compagnon au lit, visiblement attristée que son amant imaginaire n’existe pas dans la réalité. Clip ésotérique ou exploration fantasmagorique du désir féminin ? Et si les deux lectures étaient possibles ?

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Divinyls – I Touch Myself (1990)

Saison 2, episode 7 de Buffy the Vampire Slayer. Buffy est réunie avec son ami Ford qui a été transféré de Los Angeles à Sunnydale. Elle explique à Willow et Alex, ses meilleurs amis, qu’elle était folle amoureuse de Ford mais qu’il l’avait éconduite. « J’en avais pleuré des jours, enfermée dans ma chambre en écoutant « I touch myself »… Bien sûr, je n’avais pas compris les paroles ».

Car ce que Buffy venait alors de dire publiquement, c’est qu’elle s’était masturbée en pensant à Ford puisque la chanson « I Touch Myself Play » des Divinyls, littéralement « Je me touche », est entièrement dédié à l’onanisme comme acte accompagnant le sentiment amoureux. 

« Je ne veux personne d’autre, quand je pense à toi, je me touche », ‘’Quand je me sens triste, je veux que tu sois au-dessus de moi », chante la volcanique Christina Amphlett, leader emblématique de la scène rock australienne, malheureusement décédée d’un cancer du sein il y a quelques années. 

Moins cru qu’un « Closer Play » de Nine Inch Nails, « I Touch Myself » explore néanmoins la relation entre amour et sexualité d’une manière particulièrement explicite et pop. Si le morceau est resté le titre emblématique de Divinyls, on ne peut que recommander aussi « Pleasure and Pain Play » dans laquelle la poignante Amphlett, véritable voix féminine du rock, et des femmes, parle de violences conjugales.

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Heart – I Want You So Bad (1987) + All I Wanna Do is Make Love to You (1990)

Vous connaissez probablement le groupe Heart, composé des soeurs Ann et Nancy Wilson (ex-épouse du réalisateur Cameron Crowe), pour le titre « Magic Man Play», entendu dans le film Virgin Suicides de Sofia Coppola.  Ce n’est pourtant pas le seul tube du groupe où l’on parle de luxure. Le sublime et injustement méconnu « I Want You So Bad Play», issu de l’album Brigade (1987), est une longue et poignante complainte portée par la voix enivrante et puissante d’Ann Wilson. 

« Quand le vent souffle dans tes cheveux, j’ai tellement envie de toi. (…). J’ai tellement envie de toi, je ne pensais pas que ça pourrait m’arriver » s’épanche la chanteuse qui, dans une version longue du titre, termine par des gémissements mêlés de frustration et d’excitation. 

Si « I want you so bad » est une ballade sur le fantasme, la chanson « All I Wanna Do Play » (1990) conte une histoire des plus rocambolesques. « C’était un soir pluvieux, je l’ai aperçu debout sur le côté de la route, sans parapluie ni manteau », débute la chanson. L’héroïne de cette aventure prenant un auto-stoppeur (sans lui demander son nom), pour un trajet qui les mène à une chambre d’hôtel (qu’elle connaît bien) où ils font l’amour.

« Nous avons fait de la magie ce soir-là. » « Il a fait ressortir la femme en moi tellement de fois, si facilement » chante-t-elle comme pour nous confier qu’elle a eu plusieurs orgasmes. Au matin, elle s’éclipse, lui laissant un message sur lequel il est écrit « n’essaie pas de me trouver, s’il-te-plait ne le fais pas, vis dans mes souvenirs tu y seras toujours ». « Une nuit d’amour, c’est tout ce que nous avons connu » chante Ann Wilson, terminant par « Nous avons fait l’amour, l’amour comme des étrangers, toute la nuit ».

Mais la chanson propose un plot twist de taille : l’héroïne dévoile qu’elle recroise le chemin de cet homme alors qu’elle était accompagnée de son enfant et que l’homme comprit que ce dernier était le sien à cause de la couleur de ses yeux.

« S’il-te-plaît, s’il-te-plaît, comprends-moi, je suis amoureuse d’un autre homme. Ce qu’il ne pouvait pas me donner, c’était la petite chose que tu pouvais m’offrir » : la jeune femme arpentait les rues en quête d’un donneur de sperme !

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Tina Turner – The Best (1989)

Tous les cinéphiles se souviennent de Tina Turner et de son rôle de reine amazone au look post-apocalyptique dans Mad Max Beyond Thunderdome en 1985. Comment ne pas se souvenir non plus de son tube « The Best Play » de 1989 qui est encore autant programmé sur RTL2 qu’Eurythmics et Depeche Mode. 

Puissante sur scène, à travers ses pas de danse iconiques, la reine Turner l’est bien évidemment autant dans ses interprétations. Dans ce tube légendaire, c’est de sa voix grave qu’elle s’exprime sans filtre au sujet d’un homme qu’elle juge comme le meilleur de tous les hommes. Le meilleur en sport ? Le meilleur en politique ? Le meilleur en cuisine ? Non, le meilleur au lit et en amour.

« Je t’appelle quand j’ai besoin de toi, mon coeur est enflammé » lance-t-elle au début de la chanson avant de continuer par un « Tu viens à moi, tu viens à moi sauvage et excité ». On comprend alors vite qu’elle n’avait pas besoin de lui pour autre chose.

Cet homme, elle l’a dans la peau : « à chaque fois que tu t’en vas je perds le contrôle (…). Je ressens ta présence même quand tu n’es pas là ». Est-ce toujours de ce même homme dont Turner parle dans la chanson « I Don’t Wanna Lose You Play», elle aussi issue de l’album Foreign Affair ? On aimerait le savoir et avoir son numéro, si possible…

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Belinda Carlisle – Do You Feel Like I Feel? (1991)

« Je ne sais pas comment tu me fais ça. Tu me secoues tellement que je peux à peine respirer. À chaque fois que je te vois, j’ai envie de m’écrouler et de pleurer. Personne ne m’a jamais ébranlée comme tu m »ébranles à l’intérieur », déclare Belinda Carlisle au début de la chanson « Do You Feel Like I Feel? Play». 

Ancienne leader du groupe The Go-Go’s, Carlisle se lance durant les années 1980 dans une carrière solo auréolée de succès en partie grâce au tube « Heaven is a Place on Earth Play», dédié à son époux Morgan Mason, fils de l’acteur James Mason.

Si son mariage avec Mason dure, Carlisle est moins certaine de son amant dans un autre titre : « Do you feel like I feel Play». « Ressens-tu ce que je ressens, ou suis-je seule ? Est-ce que cet amour est réel ? Bébé, je dois savoir », implore-t-elle. La romance est ici source de frustration et de doute. Soumise aux humeurs de cet homme, Carlisle se languit : « Je suis celle que tu veux, celle qui a besoin de toi , celle qui n’arrive pas à laisser tomber. Tu as tout le pouvoir, je meurs à petit feu, allez, bébé, dis-moi ! ».

Moins explicite que les chansons de Cher ou Heart, ce titre parle cependant d’intoxication amoureuse et charnelle. Carlisle explorera encore ce thème avec la chanson « I Plead Insanity Play».

* Bonus Track *

Pat Benatar – Invincible (1985)

Non, c’est vrai, il n’est pas question de sexualité féminine dans « Invicible Play » de Pat Benatar, tube à l’efficacité ébouriffante sorti en 1985 pour accompagner la bande originale du film The Legend of Billie Jean. Pas de sexualité, vraiment ? En y regardant de plus près il n’est peut-être question que de ça. Inspiré par ce teen movie méconnu mais attachant suivant la cavale d’une Jeanne d’Arc des années John Hugues, accusée à tort de vol alors qu’elle fuyait une tentative de viol, le morceau est un hymne à la résistance : « We’ve got the right to be angry. What are we running for? » (…) « Stand up and face the enemy. It’s a do or die situation. We will be invincible » chante une Pat Benatar envoyant ses lyrics avec une même rigueur implacable que le rythme rectiligne qui maintient la chanson.

Le clip est avant tout un véhicule promotionnel, enchainant images de Benatar sur scène dans un décor industriel et des extraits du film. Il est réalisé par Marty Callner, un collaborateur alors régulier de la chanteuse, mais aussi de Heart et d’une flopée de rockers FM, d’Aerosmith à Scorpions ou encore Bon Jovi. Malgré son faible intérêt filmique, le clip fonctionne à merveille par la simple alchimie du morceau de Benatar avec les images du film. Il a cette naïveté toute puissante qui comme une parole d’enfant va droit au coeur. « Fair is fair » dit l’un des dialogues leitmotiv du film pour parler d’injustice.  L’eau ça mouille, mais faut-il parfois accepter de voir les origines et conséquences de la tache qu’elle laisse. Et c’est la force du film et de ce tube juvéniles qui ne parlent que de pouvoir, de domination masculine et d’en finir avec les mains baladeuses car les filles font bien comme elles veulent. « Invincible » ou le féminisme bad-ass dans ce qu’il a de plus candide mais irrésistible et fédérateur. _J.D.

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