En 1984, Prince accède au rang de star internationale avec Purple Rain, la chanson, l’album et le film réalisé par Albert Magnoli et produit par la Warner, sa maison de disques. Pour le petit génie de Minneapolis, cette expérience musicale et cinématographique marquerait une entrée fracassante dans la vie pop mais aussi, avec tout ce que la pop implique de synthèse des genres et des styles, un dépassement des clivages raciaux. Ni blanc ni noir, Prince serait le dieu violet, un descendant de Marvin Gaye, un homme-Vénus transformant la haine inhérente à l’expérience noire américaine en déluge émotionnel.

Premier épisode de notre série Black Pop, consacrée à la culture pop, en noir de peau et d’âme.

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Marvin Gaye

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Dans That’s The Way Love Is, son quinzième album studio qui sort en janvier 1970, deux ans après la mort de Martin Luther King, Marvin Gaye reprend « Abraham, Martin and John Play ». Cette cover somptueuse annonce le message d’amour universel et la conscience politique de What’s Going On, qui paraîtra l’année suivante. Le morceau, composé par Dick Holler, est un vibrant hommage à un triumvirat de légende : Abraham Lincoln, Martin Luther King et JFK. Un couplet est dédié à chacun, à chaque fois sur le même principe : « Has anybody here seen my old friend Abraham/Martin/John? » Marvin cherche « ses vieux amis » du regard, désespérément et, de son falsetto radieux, implore : « Can’t you tell me where he’s gone? »

L’invocation de ces géants assassinés, en plein Black Power et durant des années tourmentées pavées d’émeutes, ne devait pas signifier la même chose pour un Noir américain que pour un Blanc. La charge émotionnelle est à l’évidence plus forte dans la version Motown que dans la version originale folk interprétée par Dion. Malheureusement, pour l’ange de la soul Marvin, la fin des couplets aura valeur de prophétie : « But it seems, the good die young / I just looked around and he was gone » ; « Mais il semble que les meilleurs partent en premier / J’ai regardé tout autour et il n’était plus là. » Le 4 avril 1968, James Earl Ray tire une balle dans la tête du pasteur Martin Luther King. Le 1er avril 1984, le pasteur pentecôtiste Marvin Gay, Sr. assassine son fils avec le Smith & Wesson que ce dernier lui avait offert pour Noël. Le chanteur s’éteint la veille de son 45e anniversaire, deux balles logées dans la poitrine. Funeste avril. Pour un poète érudit comme Ovide, ce fut traditionnellement le contraire. Les vies ne se prennent pas en avril, elles éclosent au nom d’un dieu qui fut celui des chanteurs noirs américains dès lors que l’Amérique daigna leur donner la parole.

Aprilis

Dans Fastes, un poème qui célèbre le calendrier, Ovide dédie le quatrième mois de l’année à Vénus. « Aprilis » viendrait d’« Aphros », qui donne Aphrodite. Ainsi, pour l’érudit spécialiste et amoureux de l’amour, Vénus est la créatrice de tous les dieux, la marraine de la poésie et du raffinement esthétique, la patronne du printemps et de tout ce qui bourgeonne – les fleurs, les amours des humains et des bêtes : « Tu sais, Vénus, que le poète et le mois sont à toi. » Depuis 2016, ce mois est associé à une icône de la pop, à quelqu’un qui l’avait chanté trente ans plus tôt. En 1986, Prince enregistre « Sometimes It Snows in April Play », extrait de l’album Parade. Il disparaît le 21 avril 2016. Parfois en avril, il neige dans le cœur de ceux que nous avons aimés, parfois il pleut des balles sur ceux qui ont tenté de nous donner « la force d’aimer » (c’est sous ce titre que les magnifiques sermons de Martin Luther King ont été publiés). Purple Rain, l’album puis le film qui feront de Prince une star internationale, devaient sortir l’année de la mort de Marvin Gaye. Ce dernier laisse alors inachevé son titre « Sanctified Pussy », l’une des chutes de l’album Midnight Love (1982) : « La chanson a beaucoup choqué ma mère, raconte Marvin. Donc peut-être que je ne la ferai pas. Je ne veux pas la rendre malheureuse. » « Sanctified Pussy », que Marvin marmonne en fin de morceau, deviendra « Sanctified Lady Play » dans le posthume Dream of a Lifetime, sorti en 1985. Gordon Banks, son beau-frère et collaborateur de longue date, aura ajouté une partie vocale au vocodeur et une boîte à rythmes. Le genre de sons synthétiques que le jeune Prince avait empruntés au rock et à la new wave pour ses premiers albums.

Héritier du royaume marvinien du salut par le sexe, Prince n’aura pas peur d’appeler une chatte une chatte, de prendre le « contrôle du pussy » (on fait bien sûr référence au morceau « Pussy Control », extrait de l’album The Gold Experience). Purple Rain, qu’un premier anniversaire funeste nous a amenés à revoir, n’est pas son biopic. C’est plutôt le rêve cinématographique d’une vie pop, qui transcende les barrières raciales et sexuelles. À l’origine, ce film semi-autobiographique avait pour titre Dreams. Purple Rain est le film du sacre de Prince en dieu violet, c’est-à-dire ni blanc ni noir, en « Venus as a Boy » capable de déclencher un déluge émotionnel pour contrecarrer la haine ancestrale du black man – la haine à son endroit, la haine en miroir que suscite cette haine première. Sa muse aurait pour nom Apollonia. Avant de devenir un dieu pop, Prince affirme sa position de démiurge dans le milieu musical. Ses premières chansons suintent le sexe mais n’oublient pas la chose divine, à laquelle le chanteur se consacrera plus tard en tant que témoin de Jéhovah.

Purple Rain Japan Cover

En 1978, Prince est son propre producteur, auteur, compositeur, arrangeur, interprète. Il n’a alors que 18 ans et le cinéma deviendra la dernière étape de ce contrôle artistique précoce.

Jouir (de la présence de Jésus) une deuxième fois

Au lycée, Prince a comme enseignant Jim Hamilton, un ancien musicien de Ray Charles. Il faut croire que ses cours lui furent bénéfiques. Hamilton apprend à ses élèves la composition et les sensibilise au fonctionnement de l’industrie musicale. Dès For You, son premier album publié chez Warner en 1978, Prince est son propre producteur, auteur, compositeur, arrangeur, interprète. Il n’a alors que 18 ans. Le cinéma, comme mise en image de sa musique, si possible par lui-même, deviendra la dernière étape de ce contrôle artistique exercé de manière précoce. En 1981-1982, Prince a en tête le double projet The Second Coming – un album live accompagné d’un film sur le Controversy Tour qu’il réaliserait lui-même et qui serait assorti de scènes jouées, comme dans une comédie musicale. Ce qu’il fera finalement (et bien) avec Sign O’ The Times en 1987.

 

Le projet cinématographique est avorté mais le titre existe bel et bien, puisqu’il faisait précisément l’ouverture du Controversy Tour. Morceau a capella dans la pure tradition gospel, The Second Coming imagine un deuxième avènement du Christ et en appelle à une plus grande régulation dans la vente des armes : « How many more good men must die before there’s gun control / U’ve got 2 love your brother if you want 2 free your soul. » Notre esprit mal placé, ou justement trop habitué à l’imbrication soul entre la religion et le sexe, voit dans ce titre un autre sens, plus proche de l’érotique princienne : le « second coming », c’est aussi le deuxième orgasme, c’est l’amour physique sans lequel il n’est pas de véritable amour universel. On peut faire l’évangéliste d’un côté et tenir sa guitare comme un sexe turgescent de l’autre (et la lécher aussi). Dans Purple Rain, on trouve une scène a priori anodine qui témoigne bien d’une réconciliation de la chair et de l’esprit à l’œuvre dans la black pop culture, surtout musicale. Le Kid, un musicien de grand talent interprété par Prince et qui attend la gloire comme le Messie, tombe amoureux d’Apollonia. Lors de leur première escapade sur sa mythique moto violette, il demande à la jeune femme de se purifier dans un lac du Minnesota si elle veut, grâce à lui, se faire connaître sur la scène de Minneapolis, alors en pleine effervescence. Il n’a pas le temps de lui dire que tout cela est une plaisanterie qu’Apollonia se déshabille et s’immerge telle une croyante prête à recevoir les sacrements d’une eau baptismale. Chanteur du salut par le sexe, Prince tentera aussi, dans sa production, de dépasser les clivages sexués et raciaux, tout en maintenant en vie la part la plus noire de lui-même. Pour cela, il lui faudra se démultiplier, jouer les pygmalions hyperactifs et autoritaires, avec le risque de réduire ses Galatée en esclavage.

Controversy Tour Poster

Affiche du Controversy Tour

Maîtres et esclaves du Prince

Dans Purple Rain, la chanteuse qui plonge seins nus dans un lac du Minnesota est jouée par Patricia Kotero, la véritable Apollonia façonnée par Prince pour mener le girls band Apollonia 6 après la défection de sa petite amie de l’époque, Vanity, Denise Matthews de son vrai nom. Dans Purple Rain, Apollonia attise la rivalité entre le Kid et Morris Day, lui aussi (excellent) dans son propre rôle de chanteur-leader de The Time. Cette rivalité est réelle, ou elle l’a été quelques années auparavant, quand The Time et The Revolution, la formation de Prince conservée telle quelle dans le film, partageaient les mêmes scènes ou encore lorsque les ventes de The Time Play, premier album éponyme du groupe, furent supérieures à celle de Dirty Mind Play, le troisième opus de Prince. Cette rivalité n’aurait pas existé si le petit génie de Minneapolis n’avait pas été aussi productif, s’il n’avait pas cherché à créer des prolongements de lui-même. Sa seule personne physique ne suffisait pas pour exprimer ses différentes facettes et pour attirer l’attention des médias sur le Minneapolis Sound. Tout se passe comme si sa productivité avait dû se mettre au diapason à la fois de sa sensibilité féminine, exprimée dans une voix de tête très haut perchée (surtout dans Purple Rain) et de son métissage au carré. Prince est né de parents afro-américains, à la peau noire, mais dont les ascendances sont européennes. Tout se passe comme si sa musique devait se déployer sur un spectre plus large que sa discographie personnelle, comme si elle devait être jouée par des êtres à la peau à la fois sombre et plus claire que la sienne, ou par des êtres d’un autre sexe. On a souvent comparé sa trajectoire à celle de Michael Jackson, un performer qui partage ce syncrétisme et l’intégrera, lui, à même sa chair.

Sous le pseudonyme de Jamie Starr, il produit des Prince femmes ultrasexualisées, il produit le groupe de blancs The Family, il produit des Prince à la peau plus noire que la sienne. Car The Time, comme Apollonia, est une pure création du chanteur ; c’est un satellite funky pour ne perdre ni l’âme ni le public noirs, en gros pour ne pas perdre l’esprit de James Brown Play, le premier maître de Prince. Mais vient un moment où Morris Day et ses musiciens en ont assez d’être des exécutants du génie princesque, de n’avoir aucune marge de manœuvre sur le plan artistique, de ne même pas pouvoir jouer eux-mêmes en studio les morceaux qu’ils interprètent sur scène. Le nom de The Time viendrait de Flyte Tyme, le groupe rival de Prince et de son ami d’enfance, André Anderson, à l’époque où, adolescents, ils forment Grand Central. Par la suite, leur sextuor s’appellera Champagne, pour ne pas créer de confusion avec le Graham Central Station du bassiste Larry Graham, qui se lance alors en solo. Chanteur baryton, comme Prince, mais avec une voix plus caverneuse et plus charnue, Graham a contribué à forger le son rock-funk de Sly and The Family Stone. Une autre grande influence pour Prince, d’un point de vue musical et en termes d’image avec son crew multiracial. De même que Prince/le Kid doit convertir le public blanc à sa cause, Purple Rain est le film de sa conversion profane à la pop. Purple Rain, le film, est la preuve que le Kid et The Revolution sont dans son sillage.

Par-delà noir et blanc 

Manager de Prince avant de devenir le président de Paisley Park Records, Alan Leeds raconte : « Il n’y avait aucun précédent. Les stars du rock’n’roll avec quelques albums à succès au compteur ne faisaient pas de films d’une telle envergure. Encore moins quelqu’un issu de la communauté noire qui avait le culot de viser le public blanc. » Avant la réalisation du film, d’autant plus ambitieux qu’il est produit par la Warner, le vent commence déjà à tourner. Le décloisonnement que Prince appelle de ses vœux se produit au milieu de la tournée de 1999. Monte Moir, un membre de The Time, en fut témoin : « Le public avait toujours été à 90 % noir et soudain tout changea. En quelques jours, ce fut moitié-moitié, voire même 60-40. » Fallait-il que le casting de Purple Rain prenne acte de ce changement ? Dans son livre Life and Times, Jason Draper s’interroge sur le choix d’Olga Karlatos, une actrice grecque blanche, pour jouer la mère du Kid, alors que les parents de Prince étaient noirs  : « Autre exemple sans doute pour brouiller les pistes, mais il n’est pas impossible qu’il se soit agi d’une tentative du chanteur à la peau claire pour toucher un public multiethnique de masse. »  

Dans Purple Rain, le vrai-faux public qui assiste aux concerts du club First Avenue est à l’image de The Revolution : il est multiracial et mixte, contrairement à The Time, qui est composé de Noirs – à l’exception du claviériste Paul Peterson – et exclusivement masculin. Dans un film qualifié de sexiste, où « les femmes ne sont là que pour être vénérées, battues ou humiliés », a écrit le New York Post, l’idée de la title song est pourtant attribuée au duo Wendy and Lisa, qui accompagnera Prince de 1982 à 1986. Le Kid rechigne à faire quelque chose de leur maquette : trop « féminin » ? Trop « blanc » ? Trop pop ? Jusqu’à ce qu’une suite d’événements douloureux l’y ramène : Apollonia le quitte après qu’il s’est montré aussi violent que son père, ce dernier retournant sa haine contre lui-même en se tirant une balle dans la tête. On pense alors aux paroles de « When Doves Cry Play », l’un des titres phares de la bande originale de Purple Rain et de la discographie de Prince : « Maybe I’m just like my father. »

Prince est un roi s’agenouillant devant sa reine, la pop – royaume et terre d’accueil de toutes les musiques.

Black people and Love 

Si Purple Rain n’est pas un biopic, il adapte une partie des souvenirs de Prince. John L. Nelson, travailleur le jour et musicien de jazz en soirée jouant sous le nom de « Prince » Nelson, aurait été un père violent. En replaçant la création de la chanson-titre dans un certain contexte affectif et familial, le film d’Albert Magnoli lui donne une nouvelle résonance. L’interprétation finale de « Purple Rain » est la porte de sortie du Kid, son accès à la célébrité et une façon poétique de transcender à la fois la misère sociale, la souffrance amoureuse et le désamour familial. Purple Rain le film décuple l’impact émotionnel de « Purple Rain » la chanson. En nous montrant des pères abusifs et des fils qui, malgré ce legs, font tout pour que l’amour sorte victorieux, Magnoli devait aussi convoquer une contradiction fondamentale de la Black History. Dans son essai Salvation: Black People and Love, la sociologue et philosophe bell hooks (sans majuscules) pointe l’oscillation de la blackness entre deux pôles et la façon dont cette oscillation a impacté les rapports intimes et familiaux. À l’heure où se forme la littérature classique noire américaine, deux voies se dessinent : la voie Richard Wright, avec Un enfant du pays, qui se focalise sur la violence, la déshumanisation et la haine de soi ; la voie plus lumineuse de Zora Neale Hurston qui, avec Une femme noire, signe « le roman prototype de l’affirmation » et de la possibilité d’un amour noir. L’une se concentre sur les blessures, l’autre sur les moyens de la guérison. En réalité, nous dit bell hooks, il n’y aurait pas à choisir : c’est parce que l’âme noire a souffert d’être niée et a été mutilée qu’elle a un devoir d’amour plus grand, souvent à caractère évangélique puisque telles sont les sources de l’amour noir américain. Seul le protestantisme a accordé le salut au black man. « À votre force physique, nous répondrons par la force de nos âmes », disait Martin Luther King.

La scène qui suit la tentative de suicide du père dans Purple Rain montre l’oscillation entre deux voies pour l’homme noir qu’est en partie Prince/Le Kid. Seul dans le sous-sol où il a l’habitude de se réfugier pour fuir la violence domestique, le « freakshow » comme il l’appelle, le Kid est tenté par l’issue la plus triste. Voyant la silhouette de son père dessinée sur le sol à la craie, il est assailli d’images mentales. L’une d’elles le montre pendu, suicidé à son tour. Préférant la voie la plus lumineuse, il s’attelle finalement à « Purple Rain », cette maquette réalisée par des nanas dont il refusait jusqu’alors de faire quelque chose. Assis au piano, le Kid plaque les premiers accords. On ne verra rien du travail de composition et d’arrangement. Une ellipse ingénieuse nous propulse à quelques secondes de la performance sur la scène du First Avenue, le moment le plus intense d’un film trop souvent qualifié de ringard.« Purple Rain » sera le morceau de la réconciliation amoureuse et filiale – dans le film, la chanson est dédiée au père. Ce sera le salut du Kid, ce sera le sacre de son interprète filmé presque en temps réel. La guitare saillante si caractéristique de la musique noire américaine consacre Prince comme nouveau roi pop – royaume et terre d’accueil de toutes les musiques qui n’aurait pas existé sans le blues classique et le rock d’un Chuck Berry. En 1984, Prince transforme la haine du noir et la blue note en notes violettes.

La vie pop 

Preuve que l’amour l’aura emporté, Prince collabore avec son père sur l’album suivant, Around the World in a Day (1985). John L. Nelson cosigne la chanson éponyme ainsi que le gospel « The Ladder Play », entendez l’échelle du salut : « Everybody’s looking 4 the ladder / Everybody wants salvation of the soul. » Une fois encore et pour encore plusieurs années, le sentiment religieux cohabite avec l’appel du sexe, comme sur « Temptation Play »  : « Everybody on this earth has got a vice / And mine, little darlin’, mine is the opposite of ice. » Preuve de ce que la pop est reine chez Prince, Around the World in a Day est hanté par les Beatles, musicalement mais aussi graphiquement avec sa pochette dessinée pastichant celle de Yellow Submarine. Le titre du septième album de Prince évoque d’ailleurs « A Day in The Life Play », extrait de Sgt. Pepper. Dans Around the World in a Day, on trouve une chanson sur les affres de la célébrité. Elle fut enregistrée avant même que Prince n’ait achevé Purple Rain. Dans une sorte d’harmonie préétablie, elle arriverait après le succès planétaire remporté par l’album et le film en 1984. Son titre : « Pop Life Play ».

Prince en 7 titres inoubliables

  1. Purple Rain Play
  2. Forever in my Life Play
  3. I Feel For You Play
  4. Cream Play
  5. International Lover Play
  6. When Doves Cry Play
  7. Sexy M.F. Play

Comme les autres titres de cet article, cette playlist est à écouter en intégralité avec l’application Spotify.

Prince Purple

Bonus track

James Brown X Michael Jackson X Prince, live 1983.

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