C’est l’été, autant donc rester au frais avec notre sélection de bandes dessinées de haute volée. Par Nicolas Tellop.

Episode 4 : Peau d’homme

Peau d’homme

Hubert & Zanzim
(Glénat)

Peau d’homme a d’abord un goût d’amertume : son scénariste, Hubert a mis fin à ses jours le 12 février 2020, quatre mois avant la parution de cet album – un ultime, intitulé Ténèbreuse, réalisé avec Vincent Maillé, est encore à paraître chez Dupuis. Victime d’une longue dépression restée non diagnostiquée, Hubert avait développé un univers narratif volontiers noir et complexe, n’aimant rien tant que réinvestir le conte de fée pour en exacerber les zones d’ombres et la violence sous-jacente, afin de mettre en lumière les problèmes et les injustices de notre époque, notamment ceux auxquels sont sujettes les minorités les plus fragiles. Le fantastique Peau d’homme s’inscrit dans ce sillage.

Prenant pour cadre le quattrocento italien, l’album profite de la mise à distance temporelle pour interroger la question des genres, de l’amour, des stéréotypes, du libre-arbitre et de la conquête de soi. Jouant du merveilleux pour mieux faire résonner ces bien réelles problématiques structurantes pour la jeunesse de notre temps, le récit n’emprunte aucun chemin balisé, pas plus qu’il ne verse dans le poncif moralisateur propre à flatter l’époque.

Peau d’homme

Avec la légèreté d’une sitcom Netflix réussi, Peau d’homme évoque avec charme et sincérité l’éternelle confusion des sentiments, au sein d’un marivaudage où les sexes se brouillent pour mieux se retrouver. Le trait pop et féérique de Zanzim fait littéralement merveille, proposant un séduisant compromis entre l’épure contemporaine et la sophistication des enluminures médiévales. Un livre destiné à devenir un classique.

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