Sur le papier, son parcours est celui d’un yes man ou bien d’une éminence grise à mille visages. Mais le Brésilien José Padilha, réalisateur d’Otages à Entebbe et de la série Netflix O Mecanismo, creuse un sillon dont la cohérence se dessine un peu plus nettement à chaque production. L’ancien documentariste devenu expert du thriller-dossier, passé par la case blockbuster avec le remake de RoboCop avant de prendre les manettes de Narcos, est donc de retour sur deux fronts. Tandis qu’O Mecanismo déclenche une violente polémique au Brésil et va jusqu’à créer des interférences dans la campagne électorale, Otages à Entebbe fâche la presse internationale avec sa démystification d’un épisode-clé de l’histoire géostratégique d’Israël. La fiction politique du moment aurait-elle trouvé son homme à abattre ?

Q’on ne s’y trompe pas : Padilha, cinquante ans, pourrait être vu comme un artisan du thriller tombé par erreur au milieu de controverses plus grosses que lui. Mais qui a suivi sa carrière depuis le film documentaire Bus 174, déjà consacré à une prise d’otages survenue à Rio de Janeiro, sait qu’il ne se change pas aujourd’hui par hasard en cinéaste sulfureux et honni par les puissants. À domicile, ses deux Troupe d’élite lui avaient permis de diluer dans le polar nerveux le croquis sociologique entamé dans Bus 174, celui d’une société brésilienne gangrénée par les inégalités et les manipulations d’une technocratie bananière. Ce n’est donc pas un accident s’il se retrouve, en 2014, parachuté aux commandes de RoboCop. Fort à la fois d’une griffe spectaculaire et d’un regard acerbe porté sur les manœuvres des élites de sa nation (ou des autres), Padilha prenait la suite de Verhoeven avec, certes, moins de bonheur sur le terrain esthétique. Mais il s’imposait lui aussi comme un agitateur venu de loin pour dynamiter les règles hollywoodiennes de l’intérieur. 

La suite logique ? S’attaquer encore plus frontalement à l’histoire récente du Brésil ou d’ailleurs, et devenir un véritable ennemi public. Il y a d’abord l’accueil froid réservé – dans les salles étrangères et à la Berlinale – à Otages à Entebbe, au sujet duquel nous l’avons rencontré. Le film retrace les quelques jours de tension extrême qui suivirent le détournement du vol Air France 139 Tel-Aviv-Paris, par des terroristes issus du Front populaire de libération de la Palestine. Débarqués le 27 juin 1976 à l’aéroport d’Entebbe, les passagers furent séquestrés par les Allemands Brigitte Kuhlmann et Wilfried Böse (joués par Rosamund Pike et Daniel Brühl), ainsi que par l’armée d’Idi Amin Dada, alors sympathisant de la cause palestinienne. D’un geste chirurgical, Padilha reconstitue le raid lancé alors par le gouvernement israélien, mission sanglante et coercitive qui marqua l’histoire du pays (et qui fut d’abord racontée par le tandem Golan-Globus dans Opération Thunderbolt en 1977). Il y a ensuite le scandale suscité par O Mecanismo : après Narcos, l’homme s’attaque à l’affaire de corruption dite « Lava Jato » (« lavage express ») impliquant l’ancien dirigeant Lula, de nouveau candidat à la présidence. Les faits décrits dans ce nouveau programme de Netflix ont indigné la gauche brésilienne ; Dilma Rousseff est allée jusqu’à interpeller Padilha et la plate-forme de streaming en dénonçant la propagation honteuse de fake news. 

Padilha

Haut : O Mecanismo / Bas : Narcos

Pris entre les foudres de la droite israélienne et celles de la gauche de son pays, José Padilha se reconvertirait-il en cinéaste de combat ? Son étrange cas semble plus complexe. S’il déclenche de nouveau de virulents débats (un autre documentaire, Yanomami, a divisé la communauté anthropologique en dénonçant les crimes qu’auraient commis plusieurs scientifiques immergés dans une tribu indienne d’Amérique du Sud), ce n’est pas qu’il mène une lutte militante orientée dans un sens défini. C’est plutôt qu’en s’emparant de dossiers explosifs, il n’épargne aucun des partis ni ne s’embarrasse de leur laisser le bénéfice du doute. Son obsession pour les faits, glanés au travers de recherches au long cours, lui inspire un découpage draconien des situations traitées, embrassant les points de vue multiples pour mieux les épuiser. Et c’est là qu’il se distingue de l’auteur partisan : sa boussole à lui est avant tout théorique et le conduit à inventer des films d’action débarrassés de la subjectivité d’un héros au triomphe annoncé. Chez lui, tout le monde perd et personne n’est innocent. Avec Otages à Entebbe, il navigue d’une position à l’autre et se comporte en relativiste tordant tous les positionnements idéologiques, stratégiques et machiavéliques impliqués dans son intrigue. Ce qui suppose de faire mine, sans doute, d’épouser temporairement certains d’entre eux – et donc d’être mis au ban par le(s) camp(s) adverse(s). Voilà comment Padilha se retrouve taxé tour à tour de complotiste droitier et de militantiste gauchisant, là où son projet réside dans l’exposition d’un échiquier sens dessus dessous. 

« L’héroïsme au cinéma provient de la culture américaine. […] Même Black Panther est le fruit de la figure du héros solitaire yankee. »

Entretien avec José Padilha

Carbone : Avec Otages à Entebbe, vous signez en quelque sorte un prototype de thriller dénué de point de vue. Ou, plutôt, les perceptions sont éclatées de manière à rendre votre point de vue  indécidable…

José Padilha : Il y a une distinction importante que j’aime rappeler. Un film basé sur des faits réels possède deux dimensions. La première est sémiologique : c’est le rapport entre les actes montrés à l’écran et la véracité historique. L’autre a trait à la logique dramatique, qui est tout à fait différente de la logique historique. La dramaturgie suppose d’inclure du conflit, et donc de désigner l’objectif hors de portée des personnages. Il se trouve que les protagonistes du raid d’Entebbe nourrissent des ambitions très différentes : au sein du Front de libération de la Palestine, les motivations divergent. Dans le film, le Palestinien Badran Jaber dit à l’Allemand Wilfried Böse, joué par Daniel Brühl : « Je suis ici parce que j’aime mon pays, et toi parce que tu détestes le tien. » Les pirates de l’air arabes agissaient au nom du nationalisme, tandis que les Allemands poursuivaient un idéal marxiste bien plus abstrait. C’est pareil au sein du pouvoir israélien : Yitzhak Rabin était un individu complexe pris entre plusieurs feux, mais pour Shimon Peres, il était clair qu’il ne fallait pas négocier avec les pirates de l’air. Il prônait l’intervention, au risque de faire tuer tous les otages. Car selon lui, si Rabin intervenait après avoir négocié et que l’opération échouait, il aurait à porter le double échec d’avoir cédé face à l’ennemi et de n’avoir pas évité la mort des innocents. Je voulais exposer ces divergences radicales au sein des différents camps. D’où le fait que le film donne l’impression de ne jamais se ranger ni de s’attacher à un point de vue fixe. Mais ce n’est pas une manière d’éviter de se positionner : ce que j’ai à dire passe par les scènes de danse qui entrecoupent l’action. 

Vous faites de ces scènes de danse un procédé métaphorique déstabilisant, qui s’éloigne lui aussi du cahier des charges du thriller…

J. P. : C’est effectivement une métaphore. Je reconstitue en fait un spectacle créé par Ohad Naharin, qui est issu de la gauche israélienne. Des danseurs aux tenues orthodoxes se réunissent sur scène, symbolisant le désir de constituer une nation. Puis ils dansent, en se débarrassant progressivement de leurs habits. Sauf une danseuse, qui refuse d’ôter les siens et s’écroule de sa chaise. Je ne voulais pas être trop spécifique, je préfère laisser l’interprétation ouverte. Mais pour moi, ce spectacle est assez clair : il raconte qu’on ne pourra jamais négocier tant qu’on ne se débarrasse pas des vues religieuses radicales. 

 

Padilha

Otages à Entebbe © Orange Studio Cinéma/UGC Distribution

On peut aussi se dire que cette unique danseuse représente la personne qui accepte la négociation avec l’ennemi, et qui du coup mord la poussière… C’est d’ailleurs ce que le film met en lumière : le raid d’Entebbe aurait déterminé la politique stratégique d’Israël, fondée sur le refus absolu de la négociation avec la Palestine.

J. P. : L’opération Thunderbolt explique en partie cette politique, oui, même si la question est très complexe. Le conflit existe sous sa forme actuelle depuis la fin du mandat britannique, au moins. Mais deux moments-clés, en dehors d’Entebbe, ont rendu les négociations impossibles entre Israël et la Palestine : d’abord, les accords d’Oslo qui ont abouti à l’assassinat d’Yitzhak Rabin. Quand la droite israélienne a compris qu’un accord secret allait se faire entre le Premier ministre et Yasser Arafat, des manifestations ont eu lieu pour dénoncer la « traîtrise » de Rabin. L’idée qu’il fallait l’assassiner est devenue acceptable. Benyamin Netanyahou, dont le frère avait été tué lors du raid d’Entebbe, a pris part à l’une de ces manifestations. L’assassinat de Rabin a donc tué dans l’œuf le processus de paix. Puis, en 2000, les accords de Camp David ont échoué eux aussi – cette fois parce qu’Arafat refusait toutes les propositions mises sur la table par Ehud Barak, d’après les experts et le témoignage de Bill Clinton. Il y a donc un alignement de part et d’autre : les négociations sont absolument prohibées.

Padilha

Otages à Entebbe © Orange Studio Cinéma/UGC Distribution

Le film est apatride : il mêle des personnages israéliens, palestiniens, ougandais, allemands, britanniques et français. Et illustre ainsi que cette guerre – ou la guerre, de façon générale – dépasse de loin la question territoriale… 

J. P. : Oui. Prenez l’exemple d’Idi Amin Dada : il n’avait pas toujours été du côté de la Palestine. L’armée ougandaise fut un moment entraînée par Israël. Le gouvernement savait qu’Amin Dada était fou, mais il renforçait tout de même sa puissance militaire en pensant qu’il avait quelque chose à obtenir de lui – un allié, un effectif d’hommes à envoyer sur le front… C’était du business. Quand Amin Dada leur a demandé de lui vendre des équipements militaires, notamment des avions, les Israéliens ont refusé. La relation s’est gâtée, et le dictateur africain s’est tourné vers la Palestine. Tout ça est donc une affaire d’argent, pas de territoire ! Évidemment, entre la Palestine et Israël spécifiquement, la question territoriale joue un rôle prépondérant. Mais le problème va au-delà des appartenances nationales, régionales ou religieuses. Dans l’histoire du conflit israélo-palestinien, tous les attentats terroristes n’ont pas été perpétrés par des musulmans : le militant palestinien Wadie Haddad était chrétien. Les extrémistes juifs de l’Irgoun ont commis une attaque à la bombe particulièrement meurtrière en 1946 à l’hôtel King David de Jérusalem, alors situé en Palestine mandataire.

En tant que Brésilien, vous observez cela en outsider. Est-ce un atout pour embrasser la situation décrite sans prendre parti ?

J. P. : En un sens, je suis le liant entre toutes ces cultures ! Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, au Brésil, il n’y a aucune discussion sur la situation au Moyen-Orient. Je la connais bien parce que j’ai mené des recherches en préparant le film. Je suis allé en Israël rencontrer le fils de Rabin. Je n’ai pas pu parler à Peres, qui était trop vieux, mais j’ai interviewé des otages d’Entebbe et des soldats ayant pris part à l’opération Thunderbolt. Et c’est passionnant parce que je comprends leur point de vue, sans pour autant comprendre ce qu’ils ressentent. Mais la position extérieure est de tout façon la meilleure pour se faire une idée nette. En anthropologie, il y a une opposition classique entre Malinowski et Lévi-Strauss : le premier soutient qu’il faut intégrer une tribu et y rester dix ans pour bien l’étudier. Pour le second, il ne faut pas passer plus de deux semaines dans la tribu, sans quoi on s’habitue et on ne voit plus les faits sociaux. Je suis dans le camp de Lévi-Strauss…

Padilha

Otages à Entebbe © Orange Studio Cinéma/UGC Distribution

« Si le Front populaire de libération de la Palestine s’était entouré de gens comme Gandhi, il aurait inclus une part de morale pacifiste dans son combat et aurait peut-être sensibilisé la communauté internationale. »

Il y a une sorte d’effort relativiste dans votre manière d’épuiser tous les points de vue, qui conduit aussi à se demander : y a-t-il un héros dans ce film ?

J. P. : C’est toute la question, et si vous la posez, c’est probablement que vous connaissez le héros désigné du raid d’Entebbe : Yonatan Netanyahou, le frère de Benyamin, dont je vous parlais. Ayant donné sa vie dans l’opération, il est considéré en Israël comme un héros national. Un certain storytelling là-bas alimente l’idée que le sauvetage est dû entièrement aux militaires et au geste de Yonatan. Y croire complètement, c’est oublier que Böse avait permis aux otages de s’abriter et que ces derniers ont également réussi à désarmer les terroristes. Si vous oubliez cela, alors « Yoni » Netanyahou apparaît comme le sauveur providentiel – et c’est d’ailleurs grâce à son nom que son frère a fait prospérer sa carrière politique. On se sert de ce récit pour prouver que l’armée israélienne est capable de tout et que le jeu des négociations est par conséquent inutile. Je savais, en le tournant, que le climax de l’intervention serait mal reçu en Israël. Au festival de Berlin, des journalistes m’ont reproché d’avoir montré la mort de Yoni bien trop tôt, sans prendre le temps de le glorifier. Comme je leur ai dit : il appartient à chacun de débattre de l’héroïsme de Yonatan – d’ailleurs, moi-même, je reconnais sa grande bravoure : il a pris un risque gigantesque pour sauver ces vies. Mais le représenter en héros national à l’intérieur d’un film n’est pas mon objet.

Padilha

Otages à Entebbe © Orange Studio Cinéma/UGC Distribution

En face, les terroristes ne sont pas non plus épargnés : vous insistez sur le fait que les motivations des Allemands Brigitte Kuhlmann et Wilfried Böse se fourvoient dans une forme de marxisme illuminé…

J. P. : Oui, j’aurais du mal à trouver une quelconque forme de bravoure ou d’héroïsme chez des pirates de l’air. Pour deux raisons : la première, c’est simplement qu’ils s’en prennent à des innocents, ce qui est inacceptable. La seconde, c’est que chaque terroriste attaquant Israël œuvre en réalité contre la cause palestinienne et renforce involontairement la droite israélienne. Si le Front populaire de libération de la Palestine s’était entouré de gens comme Gandhi, il aurait inclus une part de morale pacifiste dans son combat et aurait peut-être sensibilisé la communauté internationale. Il aurait été délicat pour les États-Unis, par exemple, de ne pas l’aider. Mais cela ne s’est pas passé ainsi. Ce sont des gens égarés. 

Dans une scène très forte, vous confrontez les idéaux marxistes de Böse au pragmatisme de Jacques Lemoine, l’ingénieur-mécanicien d’Air France qui se trouvait parmi les otages…

J. P. : Oui, c’était une manière de distinguer l’attitude de Böse de celle de Brigitte Kuhlmann, qui était violente et a manifestement perdu la tête durant l’attentat. Böse, lui, essayait de se rapprocher des otages. C’est absurde mais il prêchait le marxisme sur cet aéroport retranché, au milieu des mitraillettes et des grenades, expliquant à des gens pourquoi ils devraient rejoindre la lutte tout en les menaçant de les tuer ! Avec le scénariste Gregory Burke, nous nous sommes dit qu’il fallait mettre son idéalisme à l’épreuve. Qui mieux qu’un ingénieur français à l’esprit scientifique pouvait s’opposer à un tel idéologue ? On a donc imaginé, à partir du témoignage de Lemoine, une scène où les deux hommes discutent pacifiquement de la cause et où le mécanicien tord les idées de Böse. C’est très intéressant : la culture française est marquée par le relativisme de Foucault, Deleuze et Lyotard, mais il existe aussi en France une forme de bon sens cartésien partagé par de grands scientifiques, que j’admire tous. À travers Lemoine, nous avons voulu mettre en avant cet aspect-là de la pensée française.

Concevoir un film sans héros est presque une gageure théorique. D’autant que les thrillers, même ceux où les États-Unis n’interviennent pas, convoquent souvent la figure hollywoodienne du héros à la rescousse des foules…

J. P. : Bien sûr : l’héroïsme au cinéma provient de la culture américaine – pas exclusivement, bien sûr, mais disons qu’aujourd’hui les héros, voire les super-héros à l’américaine ont gagné. Même Black Panther est le fruit de la figure du héros solitaire yankee. La différence avec le reste du monde s’exprime rien que dans les sports américains. Au Brésil ou en Europe, on ne sait jamais qui sera le héros d’un match de foot : ce sera peut-être l’un des attaquants, ou alors le goal, mais lors des matchs de football américain, il est écrit à l’avance que le héros de l’équipe est le quaterback. Même le président est supposé incarner une forme d’héroïsme. Et ils ont un problème en ce moment, parce que le type ne fait pas vraiment l’affaire… Vous n’avez pas la même obsession en France, et je peux vous garantir qu’on ne l’a pas non plus au Brésil… Là-bas, on serait plutôt doués pour les anti-héros !

L’absence de héros dans Otages à Entebbe est connectée à une autre lacune délibérée : vous évitez l’action spectaculaire tant que faire se peut…

J. P. : Oui, pour moi il fallait montrer le moins d’action possible. En fait, vous venez de me donner une bonne idée : si vous voulez porter un regard pragmatique sur cette situation, comme Jacques Lemoine, alors vous devez vous passer de héros. Parce que si vous en définissez un, alors vous savez où placer la caméra lors des scènes d’action : vous suivez le type, tout simplement. Mais quand vous imaginez une séquence spectaculaire sans héros… Où va la caméra ? C’est très intéressant, merci beaucoup ! (Rire.)

Padilha

Vous résolvez ce problème, en partie, avec le spectacle de danse qui entrecoupe le climax mouvementé…

J.P. : Voilà : je n’avais pas à rester tout du long sur le spectacle du raid. Grâce aux images de la chorégraphie, je pouvais m’enfuir du théâtre des opérations, puis revenir, puis repartir… Cette danse sert de contrepoint aux exploits des militaires israéliens. Elle dit : « vous pensez être en train de gagner, mais est-ce vraiment le cas ? » Trois semaines après cette intervention, 245 Kenyans furent tués par l’armée israélienne parce que le gouvernement du Kenya avait laissé les Palestiniens utiliser l’aéroport de Nairobi. 245 victimes, c’est deux fois plus qu’il n’aurait pu y en avoir dans la prise d’otages d’Entebbe. Comment voir un triomphe dans le dénouement de cette affaire ? C’est ce que la danse vient rappeler.

Le film résume en quelque sorte votre carrière : cette manière de regarder l’échiquier géostratégique systématiquement de l’extérieur est typique de l’observateur « apatride » que vous êtes, et qui a navigué du Brésil à Hollywood en passant par la case Netflix. Votre remake de RoboCop annonçait cela : comme Paul Verhoeven, vous bénéficiiez d’un regard étranger qui vous permettait de conserver un oeil critique, et de pirater la machine de l’intérieur…

J.P. : Je ne dirais pas qu’Otages à Entebbe est un résumé de ma carrière, parce que celle-ci n’est pas terminée ! (rire) Mais, oui, il comporte tous les éléments essentiels de mes précédents films. Mon tout premier, Bus 174, était un documentaire sur l’attaque d’un bus à Rio de Janeiro. L’idée était de m’en servir comme prétexte pour analyser les motivations des bandits depuis une position externe, et de bâtir une sorte de théorie sociologique autour de cet événement. L’objectif étant de ne pas parler seulement des favelas, mais de tout le Brésil. C’est pareil ici : l’enjeu d’Otages à Entebbe dépasse de loin le bras de fer entre le gouvernement d’Israël et le Front de libération de la Palestine. Ce qui est inédit, c’est d’avoir inséré une métaphore non pas dans le scénario, mais dans la mise en scène du spectacle en lui-même, comme pour vous en extirper. On attend le grand combat entre les deux partis, et là… cut ! Cela agace certaines personnes. Mes films ont toujours divisé, il y a toujours un pourcentage non négligeable qui en sort en colère. J’adore ça, cela dit : si un film n’énerve personne, c’est qu’il y à un problème quelque part. 

Filmographie sélective

  • O Mecanismo (Netflix, 2018)
  • Otages à Entebbe (2018)
  • Narcos (Netflix, 2015)
  • RoboCop (2014)
  • Troupe d’élite 2 (2010)
  • Yanomami (2010)
  • Troupe d’élite (2007)
  • Bus 174 (2002)
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