Le cinéma a depuis toujours fait de Noël le moment de tous les miracles. Qu’il rassemble les individus ou nous fasse croire à l’impossible, il est l’heure des fraternités victorieuses, et peu importe ceux qui tenteront de jeter un regard lucide sur le grand mythe Occidental. Car rien ne résiste à Noël, pas même l’ironie ou le cynisme. Et si les films se sont sans cesse emparés de cette date, parfois pour son atmosphère (la seule période avec l’été comme une parenthèse dans le temps), nous aussi avons fini par construire un rapport à Noël en lien avec le cinéma. De là est venue l’envie d’imaginer une petite liste de films de Noël. Liste parfaitement personnelle, où chaque auteur a sélectionné un titre, qu’il soit littéral, décalé ou insolite.  Des films à voir entre Noël et le Jour de l’An, dans cet entre-deux qui n’a jamais vraiment quitté l’enfance. Episode #3 : Princess Bride.

Il fut un temps où les films de Noël ne s’encombraient pas de décembre. Il suffisait d’un conte. Celui-là avait pour nom Princess Bride, qui pouvait certes être vu toute l’année. Mais c’est encore à Noël qu’on le redemandait, au prix de s’imaginer malade, d’un grand-père qui pouvait bien prendre, le temps d’un film, les traits de Peter Falk. Celui-là aurait fait l’essentiel d’un après-midi, sous les traits de Columbo. Mais c’était sans commune mesure avec le fait de le recevoir dans votre chambre. Il pouvait bien vous pincer la joue, sa voix de vieux roué ferait le reste ; vous le saviez déjà, avant même qu’il ouvre la bouche, vous l’aviez vu dans son œil. Lequel frisait alors comme l’enfant que vous étiez, savait déjà comment s’accorder à vos désirs. Le voici qui revient enchanter vos oreilles, du film que vous allez voir.

Contes et grand-père

Il sera donc question d’un enfant malade, délaissant les jeux vidéos (trop naissants pour encore faire le poids), afin d’entendre la voix de l’aïeul égrener un conte déjà mille fois raconté. Jamais, cependant, de cette manière-ci. Les contes ont ceci de beau qu’il s’offrent avec le poids de leur mémoire, les films ont ceci de mieux qu’ils s’inventent au présent, font tout ce qu’ils peuvent pour faire advenir à l’image leur poids de hantise, c’est-à-dire d’écrit. Princess Bride ne cesse ainsi de s’affairer à son histoire pour lui trouver un air neuf, comme l’adulte cherche ses mots, la parade à l’ennui, sa part d’enfance ainsi retrouvée, partagée avec celui qui vient.

Il sera donc bien question de princesse, de jeune premier, de personnages secondaires, qui cesseront pourtant de l’être, sitôt apparus. Princess Bride peut bien se retrouver chaque année sous le sapin, voilà un film qui ne saurait vieillir, justement parce qu’il a les traits du grand-père facétieux. Son secret ? Ne jamais verser dans la franche parodie, avoir choisi d’être suffisamment intelligent pour éviter de faire le malin. Avec le souci constant de ne jamais prendre l’enfant de haut, ou de lui sacrifier le merveilleux au profit du sarcasme. Dans Princess Bride au contraire, l’humour va toujours dans le sens des péripéties, leur donne un second souffle. Dit autrement, c’est un film pour ceux qui aiment les histoires, assez pour se les entendre répéter, mais aussi pour se voir offrir le clin d’œil affectueux de celui qui aime tout autant les raconter.

Princess Bride

Princess Bride

Un film de Rob Reiner

USA, 1987 – 1h36

Avec : Robin Wright, Peter Falk, Cary Elwes, Mandy Patinkin

Praesent ultricies accumsan id efficitur. ut ipsum mattis commodo sit