Le cinéma a depuis toujours fait de Noël le moment de tous les miracles. Qu’il rassemble les individus ou nous fasse croire à l’impossible, il est l’heure des fraternités victorieuses, et peu importe ceux qui tenteront de jeter un regard lucide sur le grand mythe Occidental. Car toutes les tentatives de désacralisation ne font que renforcer l’illusion : rien ne résiste à Noël, pas même l’ironie ou le cynisme. Et si les films se sont sans cesse emparés de cette date, parfois pour son atmosphère (la seule période avec l’été comme une parenthèse dans le temps), nous aussi avons fini par construire un rapport à Noël en lien avec le cinéma. De là est venue l’envie d’imaginer une petite liste de films de Noël. Liste parfaitement personnelle, où chaque auteur a sélectionné un titre, qu’il soit littéral, décalé ou insolite.  Des films à voir entre Noël et le Jour de l’An, dans cet entre-deux qui n’a jamais vraiment quitté l’enfance. Episode #2 : Eyes Wide Shut.

Nous sommes à la veille de Noël, dans les rayons scintillants d’un magasin de jouets où, sur fond de Jingle Bells, se bouscule la marmaille rieuse et privilégiée de la bourgeoisie new yorkaise. La mine déconfite, l’esprit ailleurs, Alice et Bill (Nicole Kidman et Tom Cruise), accompagnent leur fille pour les derniers achats des fêtes – un ours en peluche ? une poupée ? une dinette ? En vérité peu importe car, pour le couple, le Père Noël est de toute façon passé plus tôt que prévu. Mystérieusement déposé sur le lit conjugal, un masque vénitien est ainsi venu rappeler à Bill ses errements de la nuit précédente. Un cadeau aux intentions troubles, empoisonné dirait-on, lequel eut cependant le mérite de permettre aux deux partis de crever l’abcès : un mal pour un bien souhaiterait d’ailleurs conclure Alice – « We are awake now ».

 

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C’est du reste le principe inébranlable de Noël au cinéma, érigé en profession de foi par des films comme La Vie est belle de Capra : même au bord du gouffre, tout est bien qui doit finir bien, ne serait-ce qu’en rêve. Alors, dans Eyes Wide Shut, cette résolution a minima a peut-être tout du faux dénouement – difficile de savoir si les époux Harford passeront ou non le cap des fêtes, démantelés par une odyssée existentielle qui aura fait perdre la boussole à chacun. Néanmoins, la magie de décembre agit comme le meilleur des trompe-l’oeil, en dissolvant dans son magma artificiel les angoisses et frustrations les plus profondes. Ici, elle permet carrément à une forme d’optimisme de pénétrer par effraction dans la Rota Fortunae kubrickienne, pour en neutraliser momentanément la mécanique fataliste. Alors, au moment de faire le bilan de votre année (forcément pourrie), souvenez-vous du dernier mot d’Alice, qui est aussi le dernier de Kubrick : « Fuck ». Et puis tournez la page.

Eyes Wide Shut

Un film de Stanley Kubrick

USA, 1999 – 2h39

Avec : Nicole Kidman, Tom Cruise, Sydney Pollack

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