En septembre dernier sortait Hitchhiker, album inédit débarquant plus de quarante ans après son enregistrement. L’écoute est émouvante : on y entend Neil Young comme il aime à se présenter sur scène, seul avec ses instruments acoustiques. En découlent dix compositions bénéficiant d’une interprétation si puissante que l’album s’impose comme l’un des sommets d’une discographie pourtant pléthorique. Mais Hitchhiker n’est que la partie émergée de l’iceberg : on recense une douzaine d’autres albums « perdus » annoncés par l’artiste tout au long de sa carrière – sans parler des nombreuses chansons qui parfois resurgissent. Si, au fur et à mesure que Neil Young ouvre ses archives, des trésors sont révélés, il devient dès lors passionnant d’aborder sa carrière par ses chemins de traverse plutôt que par les albums officiels. Retour sur l’histoire cachée, ou presque, d’une légende – qui pourrait bien être aussi la meilleure manière de la rencontrer. 

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Le soir du 11 août 1976, sous la pleine lune d’une chaude nuit californienne, Neil Young s’engouffre avec son producteur attitré David Briggs dans le studio Indigo de Malibu, accompagné d’un ami, l’acteur Dean Stockwell. Les trois consomment herbe, cocaïne, bières et tequila, et l’artiste s’installe dans la cabine. Il enregistre dix nouvelles chansons seul, simplement accompagné de sa guitare acoustique (une Gibson J-45), d’un harmonica et, pour le dernier titre, du vieux piano du studio, en une unique session entrecoupée de quelques pauses toxiques. Vers deux heures du matin, persuadé – à raison – d’avoir livré une très bonne performance, Neil Young part à la plage avec ses deux amis. Comme il le raconte au micro de la radio publique KOTO FM le 1er septembre 2017 : « On a terminé la session vers 2 heures du matin et on est partis fêter ça. On savait qu’on venait vraiment d’accomplir quelque chose. Dean, Briggs et moi, on est partis se poser sur le rivage de l’océan sous la lumière de la pleine lune. C’était magnifique, la lune se reflétait dans l’eau. Il y avait d’intenses vibrations que je ressens toujours aujourd’hui. »

L’album, intitulé Hitchhiker Play, ne sortira qu’en septembre 2017, après avoir nourri les fantasmes et les discussions enflammées des fans pendant quarante-et-un ans. Une raison possible de cette mise au frigo, expliquée dans le deuxième volume des mémoires de l’artiste Special Deluxe sorti en 2014, c’est qu’on « entendrait » la drogue dans cette performance (ce qui est faux, l’interprétation est parfaitement maîtrisée). Trois ans plus tard, il donne une autre explication en interview en se défaussant sur le label qui aurait trouvé le disque trop proche d’un assemblage de maquettes. Ce qui frappe bien au contraire dès la première écoute, c’est que cet album resté dans les limbes compte parmi les meilleures réalisations de l’artiste, et que ne pas l’avoir sorti juste après son enregistrement est une erreur incompréhensible. Mais loin d’être un cas isolé, ce rendez-vous manqué est emblématique de la carrière erratique de Neil Young qui à l’heure des choix a souvent été le pire arbitre de sa propre destinée.

Trous d’air

À l’instar de Prince ou de Bob Dylan, Neil Young est un artiste prolifique qui n’a jamais connu l’angoisse de la page blanche. Le compositeur a toujours eu des dizaines (aujourd’hui sans doute des centaines) de morceaux déjà écrits à sa disposition, et l’interprète tout autant de chansons enregistrées dans les cartons. À la fin des années 1970, une rumeur relayée par des proches de l’artiste avançait ainsi le chiffre de 175 titres laissés entre parenthèses, colossal pour un musicien sortant alors en moyenne un album (parfois deux) par an. Au moment d’enregistrer un disque, Neil Young pioche souvent dans ses compositions anciennes pour en garder une poignée interprétée dans l’urgence avec sa formation du moment. Huit des dix morceaux de Hitchhiker ont ainsi paru par la suite dans des versions différentes (et généralement de qualité bien inférieure). Le morceau titre par exemple a été révélé dans une version studio relativement moyenne sur l’album Le Noise, en 2010. Trente-trois ans se seront donc écoulés entre l’écriture de cette chanson et l’enregistrement de sa version jugée définitive. Hélas, l’assemblage de titres disparates écrits à des époques différentes aboutit souvent à des disques médiocres : qui connaît la discographie de Neil Young sait que l’artiste a traversé des trous d’air, et que même certains de ses meilleurs albums sont inégaux, mélangeant le pire comme le meilleur et laissant trop souvent de côté d’excellentes chansons pour des raisons peu compréhensibles.

Neil Young Hitchhiker

Aborder la carrière de Neil Young par la face B est peut-être le meilleur conseil que l’on pourrait donner à celui qui voudrait pénétrer sa gigantesque discographie.

Ouvrir les coffres 

Les coffres s’ouvrant peu à peu depuis quelques années, il est aujourd’hui possible d’aborder la carrière de Neil Young par la face B, et c’est peut-être le meilleur conseil que l’on pourrait donner à celui qui voudrait pénétrer sa gigantesque discographie, dont le versant alternatif débute dès 1973 : alors que l’artiste n’a enregistré que quatre albums officiels sous son nom sort Time Fades Away Play, son premier live officiel. Loin d’être le best of attendu, il ne comporte alors que des titres inédits en version studio, et qui le resteront tous. L’album est excellent, toujours considéré aujourd’hui comme l’un de ses enregistrements incontournables. Avec Times Fade Away, le grand public découvre surtout la méthode Neil Young, qui teste fréquemment des chansons sur scène pour n’en enregistrer qu’une partie. Certains de ses meilleurs morceaux joués à l’époque restent encore aujourd’hui inédits en version studio, comme « Bag Fog of Loneliness » Play, « On the Way Home » Play, « Dance Dance Dance » Play ou encore « Out of My mind » Play. Des chansons pourtant miraculeuses.  D’autres (« Wonderin’ » Play, « White Line » Play) ont été publiées dans leur version studio plusieurs dizaines d’années après avoir été révélées en public.

Le fait que Time Fades Away soit resté épuisé pendant des décennies malgré les demandes répétées des fans éplorés en un temps où Internet n’existait pas (il y eut même une pétition en 2005 qui a recueilli près de 100 000 signatures) a sans doute contribué à alimenter la légende d’un artiste gardant secrets ses meilleurs enregistrements. De fait, cet album n’est toujours pas édité en CD (un format que Neil Young déteste) et, si une réédition limitée en vinyle a été proposée en 2014, le disque reste rare.

Neil Young Decade Hitchhiker

Trésors en pagaille

Au-delà des concerts (qui ont le mérite de faire connaître les morceaux à ceux qui y sont), il apparaît très tôt que Neil Young enregistre en studio beaucoup plus de chansons qu’il n’en publie sur ses albums. Sa toute première compilation rétrospective sort en 1977. C’est un triple vinyle, Decade, dans lequel les inédits pleuvent, une pratique assez peu courante à l’époque. On y entend par exemple « Down to the Wire » Play, enregistré en 1967 avec le groupe Buffalo Springfield, ou encore la version studio du sublime « Sugar Mountain » Play, déjà un classique des concerts de l’artiste. « Winterlong » Play, l’une des plus belles chansons jamais écrites par Neil Young, apparaît aussi. Elle sera reprise par d’innombrables groupes (dont les Pixies Play), sans faire partie des titres d’aucun album studio. Autres merveilles présentées sur Decade : les superbes « Deep Forbidden Lake » Play (1975), « Love Is a Rose » Play (1974) ou encore une version tronquée de « Campaigner » Play qui réapparaîtra sur Hitchhiker en version intégrale.

La qualité extraordinaire des albums de Neil Young dans les années 1970 (After the Gold Rush Play, Harvest PlayOn The Beach Play, Tonight’s the Night Play…) pourrait laisser croire que si de bonnes chansons étaient abandonnées sur la table de mixage, c’est parce que l’artiste était incapable d’en enregistrer de mauvaises. Mais la suite de sa carrière a rapidement montré qu’il est tout à fait capable de délaisser des disques entiers au profit d’autres albums pas toujours très bons. À partir de cette époque va naître le fameux mythe des « lost albums » de Neil Young dont Hitchhiker n’est qu’un exemple.

Chrome Dreams, enregistré en 1977, est le plus connu de tous : un disque tout aussi légendaire que le Smile des Beach Boys et que de nombreux pirates ont essayé de reconstituer. Le contenu est maintenant à peu près révélé : six chansons ont émergé dans leur version originelle sur des disques postérieurs, tandis que six autres ont été réenregistrées et publiées sur des albums parus entre 1977 et 1989. Trois des titres de Chrome Dreams (« Pocahontas » Play, « Powderfinger » Play et « Captain Kennedy » Play) font aussi partie de Hitchhiker, preuve que Neil Young ne cesse jamais de trimbaler ses chansons d’un projet à un autre. De nombreux autres lost albums de Neil Young seront plus ou moins connus, tel celui, évoqué dans les années 1970, dont le concept est d’emprunter pour chaque chanson le titre d’un tube d’un autre artiste. Un titre, intitulé « Born to Run », est notamment enregistré et reste aujourd’hui toujours porté disparu. On citera également ce formidable mini-album Eldorado (1989), sorti seulement au Japon et jamais révélé au reste du monde. Il semble aujourd’hui effacé du catalogue de l’artiste : épuisé de très longue date, il n’a jamais été réédité et reste absent des plates-formes de streaming.

Neil Young Hitchhiker

« Une semaine, je suis un connard et la semaine d’après un génie. J’ai passé ma vie à détruire les attentes de mes fans. » (Neil Young)

Légende et piraterie

Le plus frustrant dans l’histoire est que l’entourage de Neil Young raconte parfois avoir entendu certains de ces lost albums et qu’ils seraient bien sûr tous merveilleux, ce que prouvent certains enregistrements pirates. Homegrownpar exemple, est surnommé Harvest 2 par son producteur Elliot Mazer (Harvest est le plus grand succès commercial de Neil Young). L’intéressé affirme pour sa part dans Special Deluxe qu’il considère que Homegrown reste l’un des meilleurs albums qu’il ait jamais enregistré. Conséquence logique : la frustration monte quand Neil Young saborde sa carrière à la fin des années 1970 : American Stars ’n Bars (1978), Hawks and Doves (1980) et Re-ac-tor (1981) ouvrent une période de creux créatif. Ils vident d’ailleurs notoirement les fonds de tiroir en piochant dans les chansons mises de côté et sont faits de bric et de broc tout en proposant quelques titres excellents comme « Like a Hurricane » Play, « Will to Love » Play ou « Captain Kennedy » Play. C’est ensuite que les choses se compliquent. Si personne n’en veut à Neil Young de foirer dans les grandes largeurs Trans (1982), c’est parce qu’il a de bonnes raisons de le faire. Constitué de chansons pourtant réussies, l’album est produit à l’envers, truffé de sons électroniques et chanté via un vocoder. Neil Young expliquera avoir tenté de communiquer avec son fils handicapé (atteint d’infirmité motrice cérébrale), qui réagissait positivement à ce son.

Trans est le premier album sorti par la nouvelle maison de disques de Neil Young : Geffen, avec qui la relation devient rapidement problématique. Il est possible que Neil Young (dont le caractère est ombrageux) ait sciemment fourgué à Geffen des disques désastreux pour se libérer du contrat et revenir à la maison (chez Reprise, un label de Warner, qu’il ne quittera plus jamais). De fait, les cinq albums de cette époque maudite oscillent entre médiocrité et catastrophe absolue, ce qui pousse Geffen à attaquer Neil Young en justice pour « non-représentativité des enregistrements », l’accusant d’avoir délibérément enregistré des albums piteux. Une compilation un peu plus tardive de cette époque (Lucky Thirteen, 1993) contient quelques inédits, dont la magnifique « Depression Blues » Play qui prouve que Neil Young en avait encore sous le coude dans les années 1980.

Neil Young Hitchhiker

Renaissance

Le retour au bercail ouvre une nouvelle période pour l’artiste qui alterne de nouveau le meilleur (Freedom Play en 1989, Ragged Glory Play en 1990) et le pire (Broken Arrow Play 1996). La plus belle chanson de This Note’s For You (1988), un album à peine passable, est un excellent titre de 18 minutes : « Ordinary People » Play, sans doute ce que Young a fait de mieux depuis cinq ans. Bien que la chanson soit alors applaudie en concert, l’auteur se décide à la retirer du disque : elle est absente de cet album comme du suivant, sur laquelle elle est annoncée aussi. Il faudra attendre 2007 pour la découvrir dans une version différente.

Complètement ringardisé, honni à cause de ses enregistrements pour Geffen, Neil Young est réhabilité au début des années 1990 par quelques stars de l’époque : Kurt Cobain (dont la note de suicide citera d’ailleurs une chanson du parrain du grunge) et le groupe Pearl Jam qui enregistre un album entier et sauvage avec Neil Young au chant et à la guitare (Mirror Ball). L’une des meilleures chansons de la session est mise de côté (« I Got Id » Play). Sortie en single sous le seul nom de Pearl Jam, elle devient disque d’or aux États-Unis. Neil Young se met alors à sortir frénétiquement des disques, parfois enregistrés en quelques jours, voire une poignée d’heures. Il n’oublie pas de se tirer de temps en temps une balle dans le pied, comme avec le live Arc (1991) composé de 35 minutes de larsens enregistrés au début et à la fin de ses chansons en concert – et qui est peut-être un disque encore plus stupide conceptuellement parlant que le Metal Machine Music de Lou Reed.

Bob vs Neil

Au même moment, Bob Dylan – alors en voie de ringardisation avancée – surprend son public en sortant les trois premiers volumes de ses Bootlegs Series, en 1991. Cette collection de disques présente des enregistrements variés et inédits couvrant trente années de carrière, dont certains sont extraordinaires. Le succès public et critique est important. Il permet à Dylan de retrouver son aura et son trône, et inspire Young qui envisage de faire la même chose. Les Neil Young Archives deviennent alors un serpent de mer, une blague qu’on se raconte en attendant que le projet se concrétise : si l’artiste annonce en 1995 la sortie imminente d’un coffret qui serait le premier d’une série de cinq, le projet n’aboutit que quinze ans plus tard, en 2009, pour un résultat plus que contrasté, puisque la compilation ne contiendra que très peu d’inédits. Quelques perles sont cependant offertes, à commencer par l’intégralité du premier disque qui permet de redécouvrir les débuts professionnels de Neil Young, en solo ou avec son groupe The Squires (l’artiste finit tous ses concerts de l’époque par l’un de leurs titres : « The Sultan »). On y découvre aussi enfin les versions studio de « Everybody’s Alone » Play, « Nowadays Clancy Can’t Even Sing » Play et « Wonderin’ » Play. Cependant, une fois de plus, ce coffret hors de prix suscite surtout de la frustration.

Numérologie

Heureusement, Neil Young lance en parallèle une collection de disques de concerts inédits qui complètent ces archives de la meilleure façon. Mais si le contenu de cette collection enchante, sa conception démontre une nouvelle fois que l’artiste se soucie parfois peu de son public en sortant dans un ordre anarchique. Plus embêtant : aucun enregistrement de la période 1972-1988, la plus créative, n’est dévoilé… Difficile de comprendre ce que trame l’artiste, qui semble par ailleurs prendre plaisir à dérouter son audience : en 2007, il sort l’album Chrome Dreams II Play, suite du célèbre lost album qui n’est toujours pas officiellement révélé… Autre provocation de l’artiste en 2014 avec A Letter Home Play, qui aurait pu être un disque excellent s’il ne souffrait pas de problèmes de prise de son qui le rendent quasiment inaudible – la cause étant à chercher du côté de Jack White, ayant rafistolé pour l’occasion une machine des années 1940 sur laquelle l’album a été enregistré. Une démarche étonnante de la part d’un artiste qui promeut au même moment son baladeur Pono, supposé offrir un son très largement supérieur à tous les supports existants, vinyle compris.

Neil Young Hitchhiker

La collection des Neil Young Archives démontre ce que chacun pressentait : même dans ses pires périodes, Neil Young est toujours resté un grand artiste. Ainsi, le volume 9, A Treasure, propose des extraits de concerts de l’époque Geffen bien supérieurs aux disques officiels de l’époque. Mais le clou de cette série est Live At Massey Hall 1971 Play. Un enregistrement si parfait que son écoute ferait croire en Dieu. La performance vocale et instrumentale de Neil Young, seul sur scène, est une démonstration quasi surnaturelle du génie du musicien. S’il ne fallait garder qu’un seul disque pour partir sur une île déserte, ce serait forcément celui-là.

« La perfection chez Neil Young est fragile, elle naît au milieu du chaos. Aucun de ses albums n’est parfaitement réussi ; mais il n’en est aucun qui ne comporte au moins une chanson magnifique. » (Michel Houellebecq)

Running gag

Au gré des nouveautés, des inédits de Neil Young surgissent désormais régulièrement. Un coffret de 2014 peu remarqué permet par exemple de découvrir une tournée de la formation Crosby, Stills, Nash & Young de 1974 contenant une nouvelle flopée d’inédits composés et interprétés par Neil Young, seul ou en groupe. Ce qui n’empêche pas au running gag des coffrets d’archives de continuer : Neil Young annonce la sortie imminente du volume 2 depuis maintenant dix ans. Couvrant la période 1972-1982, il offrirait notamment les versions originales de trois des albums perdus : Chrome Dreams, Homegrown et Oceanside-Countryside, des informations confirmées par Neil Young lui-même en 2016. Qui semble avoir rapidement changé d’avis, puisque quelques mois plus tard il annonçait que les archives allaient devenir un site Internet couvrant toute sa carrière, et grâce auquel on pourrait découvrir Hitchhiker et Dume. Maintenant que Hitchhiker est disponible (l’album ouvrant une nouvelle collection d’archives studio) et que le site n’est toujours pas en ligne, on ne sait pas trop à quoi il faut s’attendre, sinon que d’une façon ou d’une autre, il reste encore de nombreuses chansons de Neil Young à découvrir.

Neil par Michel

Mais celui qui, en français, parle le mieux de Neil Young, est peut-être bien Michel Houellebecq. Il a écrit la partie la plus lyrique de la notice biographique de l’artiste dans le Dictionnaire du rock de Michka Assayas :

« On pourrait comparer la biographie de Neil Young (incohérent, incontrôlable, mais toujours d’une foudroyante sincérité) à celle d’un maniaco-dépressif, ou au parcours d’une perturbation atmosphérique traversant une région de vallées et de montagnes […]. La perfection chez Neil Young est fragile, elle naît au milieu du chaos. Aucun de ses albums n’est parfaitement réussi ; mais il n’en est aucun qui ne comporte au moins une chanson magnifique. Ses plus beaux disques sont sans doute ceux qui oscillent entre tristesse, solitude, rêve éveillé et bonheur paisible. On peut y imaginer son auditeur idéal, son double invisible. Les chansons de Neil Young sont faites pour ceux qui sont souvent malheureux, solitaires, qui frôlent les portes du désespoir et qui continuent, cependant, de croire que le bonheur est possible. Pour ceux qui ne sont pas toujours heureux en amour, mais qui sont toujours amoureux de nouveau. Qui connaissent la tentation du cynisme, sans être capables d’y céder très longtemps. Qui peuvent pleurer de rage à la mort d’un ami (« Tonight’s the Night ») et qui se demandent réellement si Jésus-Christ peut venir les sauver. Qui continuent, en toute bonne foi, à penser qu’on peut vivre heureux sur la Terre. Il faut être un très grand artiste pour avoir le courage d’être sentimental, pour aller jusqu’au risque de la mièvrerie. »

Connard et génie

Neil Young bouleverse parce qu’il est capable un jour de tutoyer les anges en chantant de sa voix fragile seul au piano, puis le lendemain de faire effondrer le sol des enfers dans un torrent brûlant de guitare électrique, sans jamais cesser de surprendre. Lors de sa tournée de 2013 dont l’une des dates était à Paris, il s’amusait à déstructurer et à étirer des morceaux peu connus devant un public souvent déconcerté, en plaçant des solos de guitare de vingt minutes, n’offrant en guise de tube qu’un « Heart of Gold » Play expédié et collé à une reprise de Dylan. « Une semaine, je suis un connard et la semaine d’après un génie. J’ai passé ma vie à détruire les attentes de mes fans. Quand j’enregistre un disque avec un style particulier, je m’empresse de le détruire aussitôt après pour ne pas que l’on se dise : “Voilà, ça c’est Neil Young.” Après, on est libre de faire ce que l’on veut : je suis comme ça. »

C’est peut-être pour cette raison que ceux qui vénèrent Neil Young considèrent souvent que celui-ci a changé leur vie. Son intégrité, sa sincérité n’ont jamais failli, et c’est ce qu’on entend dans ses disques : l’œuvre toujours mutante d’un artiste génial, qui ne cache ni ses faiblesses ni ses doutes. À son public de faire avec. Au cœur du business cynique et opportuniste du disque, aucun autre que lui n’a jamais été à ce point porté par ses seules intuitions et ses envies, sans jamais céder aux sirènes des modes ou du fric. Parce que Neil Young se fout de ce qu’on peut penser de lui, sa carrière est parsemée d’erreurs et de trébuchements, qui sont autant d’étapes créatives vers de nouveaux sommets. Elle est surtout jalonnée de chefs-d’œuvre cachés, qui ne sont accessibles qu’à ceux qui feront l’effort de les chercher.

Le best of alternatif de Neil Young

  1. « Here We Are In the Years » Play
  2. « Winterlong » Play
  3. « See the Sky About to Rain » (live) Play
  4. « Campaigner » Play
  5. « Wonderin’ » (live) Play
  6. « Love in Mind » (live) Play
  7. « Bad Fog of Loneliness » Play
  8. « Love Is a Rose » Play
  9. « War Song » Play
  10. « Last Dance » Play
  11. « Depression Blues » Play
  12. « One Thing » (live) Play
  13. « Flying On the Ground Is Wrong » (live) Play
  14. « Stringman » (live) Play
  15. « Love and Only Love » Play
  16. « Prime of Life » Play
  17. « Prisoners » (live) Play
  18. « Buffalo Springfield Again » Play
  19. « Fool For Your Love » (live) Play
  20. « Shining Light » Play
  21. « She’s Always Dancing » Play
  22. « Ordinary People » (live) Play
  23. « Seed Justice » Play
  24.  « I Got Id » (avec Pearl Jam) Play
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