En avril dernier, Jonah Hill sortait en France son premier film, Mid90’s, et c’est l’une des plus belles chroniques de l’adolescence jamais filmées.

Avec Mid90’s, Jonah Hill filme une évidence que personne avant lui n’a su montrer : faire du skate, c’est sortir de chez soi. C’est quitter son domicile pour aller errer dans la rue là où personne ne regarde. C’est, pour le teenager ayant vécu durant ces nineties, une ouverture brute sur le monde, une appréhension de sa propre liberté par l’espace, au travers d’une infinité de lieux qu’on réinvente en les détournant de leurs usages. Et c’est pourquoi le film est sublime de simplicité. Non parce que son apprentissage du dehors et de la sortie de l’enfance jongle avec les signes de la maturité, mais parce que si grandir (un peu) signifie quelque chose, c’est bien d’abord par l’exploration du dehors. C’est sortir de sa chambre et de son périmètre, délaisser alors sa Super Nintendo et ses Tortues Ninja, pour s’aventurer dans la ville et ses recoins les plus anonymes. Si le skate permet d’habiter l’environnement urbain autrement, c’est parce que ce qui semblait invisible, utilitaire, parfois hostile, devient ce nouveau chez soi qui n’appartient à personne et où pourtant on se fabrique des familles. Et c’est peut-être ce qu’il y a de plus beau dans le film de Jonah Hill : se refaire un domicile dans cet espace à la fois vierge, nouveau et éphémère (dont ici les paysages de Los Angeles sont la plus pure illustration), c’est se peupler aussi des autres qui comme vous viennent fuir ou adoucir un peu leur solitude.

Si, comme s’en souvient Mid90’s, l’amitié sans écran interposé signifiait alors quelque chose pour ces kids de l’ère pré social network, c’était bien dans un rapport à la fois franc et intime à l’extérieur, à ceux qu’on admire, à ceux qui nous regarde, à ceux surtout qui nous font déborder les limites de notre corps – personne avant Jonah Hill n’avait mieux filmé cette euphorie a priori pourtant dérisoire de prendre la première fois une voiture avec ses potes. Grandir est un déplacement solitaire oscillant sans cesse entre une quête du familier et de l’étranger. Jusqu’au langage, aux discussions où s’entremêlent l’inertie de la futilité et le vertige existentiel, Mid90’s saisit des moments seulement poussés par des mouvements. Et lorsque tout s’arrête, après un décès, après une énième brouille avec un frangin violent, après un accident de voiture en état d’ivresse, alors tout doit repartir encore par un mouvement, et donc par le skate.

Les dernières images du film saisissent en un geste, pourtant connu (les bobines tournées par un personnage enfin montrées), ce qui fait aussi l’horizon de Mid90’s : sa cinéphilie – qui ne doit rien à Gus Van Sant ou Larry Clark. Le skate a fondé sa mythologie en images, en centaines de vidéos qui longtemps donnèrent aux skaters du monde entier des nouvelles de leurs cousins américains. Ces films n’ont pas toujours été que des compilations d’exploits de professionnels financés par des sponsors. Entre deux tricks, ils documentent un vaste paysage urbain habité par ceux que l’on admire et qu’on rêve d’accompagner. Si une nostalgie crépite dans l’oeil de Jonah Hill, s’il y a une référence visuelle, rythmique, elle est là, dans ces vidéos identiques à celle clôturant son film. Des vidéos ouvrant non pas vers un monde, une culture, mais le monde, par la rencontre infinie d’espaces et de fratries avec lesquels composer. Au milieu des nineties, ces petits films étaient quelque chose avec lesquels grandir, partir, être ensemble même à des milliers de kilomètres de Los Angeles.

Mid90's

Un film de Jonah Hill

USA, 2018 – 1h25

Avec : Sunny Suljic, Katherine Waterston, Lucas Hedges, Na-kel Smith, Olan Prenatt

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