Herman Dune : un patronyme qui sigle quelques-uns des plus précieux disques des années 2000. Précieux pour leur écriture et pour la nostalgie amusée avec laquelle ils relient histoire intime et histoire pop. Installé en Californie dans son studio en cèdre, David-Ivar, désormais seul pilote du véhicule à chansons qui porte son nom, nous a offert quelques-unes des clés de son artisanat. On en a profité pour partir avec lui dans un voyage spatio-temporel à travers les voies et les voix de l’Amérique.

Image d’ouverture par Roman Jehanno. D.R. 

 

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Depuis quelques années déjà, et son départ résolu pour les États-Unis, on ne partage plus le même espace temps avec David-Ivar Herman Dune. Sauf grâce à ses chansons, intemporelles et sans frontières malgré leurs multiples références, et pour l’heure au moyen de Skype qui relie notre contrée, sous la nuit et la neige, à la lumière d’un après-midi californien qui brûle l’écran -quand y apparaît sous sa casquette et sa barbe le visage affable du songwriter. Son dernier album, Santa Cruz Gold Play, nous a cueillis par surprise à la fin de 2018, et se révèle au fil des écoutes comme l’une de ses plus éclatantes réussites. Alors que la conversation démarre, il nous apprend que la veille il est allé voir jouer Kris Kristofferson Play, l’un de ses maîtres en écriture et jalon vivant de l’Amérique chantée (et filmée) qui reviendra tout au long de cet entretien. Mais avant de partir avec lui pour un voyage en terre pop américaine où croiser quelques légendes de la folk ou du blues, on a voulu en savoir un peu plus sur la naissance de ce très beau disque.

Le son de l’endroit et de l’instant

« Santa Cruz Gold a surtout été un disque où j’étais très concentré sur l’écriture. L’enregistrement a aussi demandé beaucoup d’essais : de sons, d’instruments. J’ai expérimenté, dans la mesure où je découvrais l’endroit, mon propre studio. Le son vient vraiment de ce vieux garage des années 20 en cèdre qui sonne hyper bien. Avec de bons musiciens, et c’est tout. J’ai appris ça un peu à l’envers : à mes débuts je suis allé dans des beaux studios, et j’étais impressionné par ces micros incroyables. J’ai fini par comprendre que le son, c’était les musiciens, et l’endroit où tu joues. Le son du dernier album, c’est celui de l’endroit. »

Ce qui fait le lien entre le Herman Dune des débuts, groupe indie-folk lo-fi en partie familial, et ces nouvelles chansons venues du studio boisé californien, ce sont les mélodies, bien sûr, et avant tout la voix si reconnaissable de David-Ivar, une voix qu’il n’hésite désormais plus à saisir -épisodiquement- dans des moments de fragilité ou d’épuisement. Tout en y étant plus attentif que par le passé :  « J’aime beaucoup les voix. Avant, en groupe, je n’y prêtais pas toujours l’attention nécessaire, car tu peux vite passer pour une diva. J’adore cette sensation de saisir un moment précis dans une voix. Dans les disques de Bob Dylan quand tu l’entends rigoler par exemple. Kyle McNeill, qui faisait la basse sur mon précédent album Sweet Thursdayet qui est aussi chanteur, me disait ça : ce que tu ressens au moment de l’enregistrement, c’est ce qu’il y aura sur le disque. Derrière tous les effets que tu peux mettre, c’est ça qui restera : ton ressenti. Une chanson c’est toujours un moment précis, que ce soit en-dehors des studios (quand on est ému, quand on est déchaîné, quand on est timide, quand on a bu…) ou en enregistrant. On ne recherche pas la perfection, mais un moment de vie. »

« Je ne peux pas définir en une carte postale pourquoi j’aime autant être aux Etats Unis. On ne peut jamais saisir un pays de l’extérieur de toute façon. » Herman Dune

L’Amérique et l’écriture du quotidien

Pour saisir au mieux les atmosphères qu’il aime, c’est aux États-Unis que depuis plusieurs années David-Ivar a trouvé l’endroit où vivre comme il l’entend sa vie d’artisan de la chanson folk : « J’ai toujours aimé les États-Unis, les musiciens y sont hyper bons, on enregistre facilement, il y a de la bonne musique à la radio. Je ne peux pas définir en une carte postale pourquoi j’aime autant être ici. On ne peut jamais saisir un pays de l’extérieur, de toute façon. » Avant de s’installer à Los Angeles, David a longtemps été très attaché à la plus “européenne” New York Play, mais « New York c’est devenu très très dur, c’est une des villes les plus chères du monde et ça a chassé pas mal de gens qui la faisaient vivre. Ici à Los Angeles Play, j’ai mon studio, et ma copine a son atelier de peinture. Inimaginable à New York ou Paris. [où est né le groupe, puisque d’origine franco-suédoise] » C’est dans le quartier de San Pedro qu’il a trouvé, sinon son Eldorado, du moins son Amérique en marge : « c’est le port de Los Angeles, un quartier passionnant où il y a beaucoup d’ouvriers, de syndicats. C’est un peu original aux États-Unis, il y a une grosse présence travailleuse, la vie commence très tôt le matin car les gens travaillent au port, les cafés ouvrent à trois heures et demie du matin. Charles Bukowski vivait ici, Joe Hill Play, songwriter syndicaliste du début du XXe siècle, vivait ici. Il y a là tout un aspect qui intéresse les gens qui aiment la folk et la poésie. Les Minutemen Play sont de San Pedro… Il y a un côté mythique dans ce quartier. » Aspect mythique et goût du quotidien, un quotidien qu’en artiste multicartes David met en scène via les aventures de son alter-ego Yayathon Man, un cartoon dont il publie sur les réseaux sociaux une image par jour, de ce trait pop et spontané qui n’est pas sans rappeler celui de Daniel Johnston Play-« je le fais tous les jours au réveil, c’est une sorte de journal intime qui me fait rigoler. »

Cette dimension de chronique quotidienne irrigue aussi ses chansons, mais de façon détournée : « L’écriture, c’est jamais du reportage : on condense, on extrapole, ou on cache des détails. Je n’arrache pas des pages de mon journal intime pour les chanter. Dans tout travail artistique, même celui qui se veut le plus documentaire, on est obligé de monter. Je me sens plus à l’aise en mettant beaucoup d’éléments qui viennent de ma vie, mais un truc qui m’est arrivé il y a cinq ans peut se retrouver au milieu d’une histoire de la semaine dernière. Je n’ai pas de contrat, de devoir journalistique, j’ai jamais l’impression que quelqu’un va aller vérifier si tout s’est passé exactement comme je l’ai dit. » Bien écrire, c’est aussi ce qui passionne Herman Dune, et c’est là l’une des clés de son amour pour les États-Unis : « Ici, les gens aiment les chansons. Même dans la musique très populaire contemporaine, que je n’apprécie pas toujours, tu trouveras toujours de bonnes chansons, une bonne rime, on est moins dans une omniprésence de la culture club que je ressens en Europe. Ici ça repose presque toujours sur l’écriture, sur une phrase bien tournée. »

Herman Dune

Dessin de David-Ivar Herman Dune

« J’ai l’impression que la beauté du travail d’écriture d’une chanson peut te remplir de joie, quand bien même le thème est triste » Herman Dune

Leadbelly dans un bar, le blues et l’humour

L’heure est alors venue d’embraquer dans une machine à voyager dans le temps pop en Amérique. On laisse à Herman Dune le choix des destinations – qui aller visiter en premier ?

« J’ai vu Miles Davis tout petit, mais j’aurais vraiment adoré le voir à son époque du cool. Les Beatles ou John Lennon, j’aurais tant voulu. Mais je suis content d’avoir vu Bob Dylan, de ne pas avoir à dire “j’aurais aimé le voir”… Ce ne sont pas les regrets qui vont me guider, j’ai vu John Lee Hooker, j’en suis déjà très content. Mais j’aurais aimé voir Leadbelly Play en vrai – voilà : des gens comme ça, pour assister à ces enregistrements de blues en direct. Leur son est tellement spécial, on ne sait pas s’ils ont joué sur la vitesse, ni comment ils parlaient vraiment dans la vie. Ils jouaient tous les soirs. Leadbelly c’est vraiment dans un bar que j’aurais voulu aller le voir. Les chansons les plus tristes, comme son blues, peuvent te rendre heureux. La musique c’est spécial pour ça, c’est pas comme un feel good movie qui te raconte l’histoire d’un petit chien qui retrouve son copain. J’ai l’impression que la beauté du travail d’écriture d’une chanson peut te remplir de joie, quand bien même le thème est triste. Plus jeune j’écoutais beaucoup Morrissey Play qui était toujours très mélancolique et ça me remplissait de joie. » Pour ce qui est du rire aussi, le secret réside dans l’écriture. « La façon dont deux mots s’agencent, des petites tournures, une rime bien trouvée, c’est quelque chose qui peut me faire rire. Hier soir je suis allé voir Kris Kristofferson, et je me suis toujours senti très proche de lui, dans sa façon d’écrire très intime. C’est plein de petites blagues, mais très mélancolique en même temps. Son concert, avec entre autres le fils de Willie Nelson à la guitare, était plein de moments magnifiques où tu avais les larmes aux yeux. Mais il te fait toujours un peu rigoler avec des petits détails de la vie. C’est cette façon d’écrire qui me plaît beaucoup. »

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The Marvelettes

Les voix des femmes et la Motown soul

En Ulysse au volant de notre machine, David n’est pas du genre à résister au chant des sirènes, lui qui fait souvent appel aux voix féminines pour faire décoller encore un peu plus haut ses chansons : « J’aime les chœurs féminins, depuis toujours. Dès l’enfance, j’ai toujours écouté et aimé les Supremes ou les voix de femmes chez Leonard Cohen, qui accentuent les paroles de façon hyper forte. C’est juste beau. Dans mes chansons, je n’ai pas l’impression de le faire pour respecter une tradition, mais parce que j’adore ça. Toutes mes chansons préférées, ou presque, ont des chœurs féminins. La première fois que j’ai entendu « Harvest » Play de Neil Young, j’ai bloqué sur Emmylou Harris Play. D’ailleurs j’adore tous les chœurs qu’elle a fait, pour Willie Nelson Play ou pour Lucinda Williams. J’ai toujours adoré les voix de femmes. »

Ce penchant pour les timbres féminins croise chez lui un tropisme soul, qui d’ailleurs trouve dans  le velouté de l’album Santa Cruz Gold le parfait écrin pour s’exprimer. La virée temporelle se devait alors de faire un arrêt par la ville de Detroit, où se situe le temple du genre : « Là-bas j’ai visité le premier studio Motown. Ça m’a donné envie d’y être pendant certaines sessions d’enregistrement : j’aurais tellement aimé voir les Marvelettes enregistrer « Please Mr Postman » Play, pour voir dans quel état était Gladys Horton quand elle a chanté ça, dans quel état était sa voix. Et puis, voir Stevie Wonder enregistrer des parties de batterie, ça serait pas mal non plus ! »

Bob Dylan et le panthéon personnel

Depuis le début de notre entretien, David n’a pas manqué de faire plusieurs références à Bob Dylan, qu’il cite explicitement dans la chanson « Life on the Run » PlayEt dont on retrouve, sur le morceau « Baby’s Got a Fancy See-Through Hat « Play (présent sur la version “Fully Loaded” de Santa Cruz Gold) des accents de l’époque Infidels… « J’adore Infidels. Mais j’aime tout, absolument tout, de Bob Dylan. Et toutes mes chansons peuvent renvoyer à lui d’une manière ou d’une autre. C’est ce qui m’a le plus accompagné dans ma vie depuis que je suis enfant. Je n’ai aucune distance par rapport à lui. » Alors à quel moment aller le saisir ? « L’enregistrement de Blood on the Tracks, évidemment. Les deux versions, l’officielle et la new-yorkaise, j’adore les deux ! Et aussi New Morning Play, parce que j’ai du mal à comprendre comment ils ont fait, ou John Wesley Harding, tous ces trucs qui sont connus pour avoir été exécutés très rapidement. J’aurais aimé être dans la pièce et les voir enchaîner tous les morceaux comme dans un concert pour aboutir à un album. Bon, si je pouvais y être j’aurais envie d’y jouer je pense, attraper une une guitare et y aller ! »

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Bob Dylan - ROLLING THUNDER © Estate of Ken Regan/Ormond Yard Press

Tout en haut du panthéon personnel de Herman Dune, à côté de Bob Dylan, « Life on the Run » cite les Beatles, mais aussi les plus récents Silver Jews Play et Moldy Peaches, soit le gratin new-yorkais de l’americana alternative du tournant du millénaire, dans ce morceau-autoportrait, mi-documentaire au quotidien/mi-fiction décalée, qui ouvre Santa Cruz Gold : « Ce couplet, c’est la liste de mes vraies influences, plutôt que celles qu’on peut lire parfois et qui ne sont qu’en partie exactes, souvent à moitié. Ça collait bien avec ce morceau à la première personne, de citer les gens que j’écoutais et surtout que j’ai toujours écouté. »

« Bob Dylan, Willie Nelson, Leonard Cohen, Lou Reed, ce n’est pas attaché à une époque. Comme un tableau de Degas, ce sera beau dans mille ans » Herman Dune

Quand l’artiste devient libre, et quand la voix devient souvenir

S’il apprécie la constance de ses héros ( « Kris Kristofferson c’est comme un peintre qui ne fait que des tableaux bleus, avec lui pas de surprise : tu sais que tu auras du bleu ! La surprise c’est que c’est toujours génial. »), ce sont aussi les instants qui ont vu certains artistes larguer les amarres, et  casser leurs codes, qu’il aimerait aller visiter. Notamment le moment où Tom Waits, au milieu des années 1980, débarque chez Island Records et y impose un son en rupture avec ses précédents enregistrements : « J’aurais aimé voir ce moment fou quand il a rencontré sa femme [Kathleen Brennan, assistante de Francis Ford Coppola rencontrée sur le tournage de Coup de Coeuret qu’il est passé à un style qui n’existait pas avant, et que personne n’a essayé de refaire. Rien que pour voir la réaction dans gens autour, dans le studio, pour son Swordfishtrombones Play. Il avait de très belles chansons de songwriter au piano, comme une version jazz de Bruce Springsteen… et d’un coup c’est devenu l’hystérie musicale, de la folie ! J’aimerais bien savoir comment ça s’est passé. Enfin, surtout le voir, l’observer, voir les doutes… parce que après, ça a eu du succès, mais sur le moment ils ont dû se demander ce qu’ils étaient en train de faire ! »

Et puis il y a les légendes disparues, ce début siècle n’est d’ailleurs guère avare en la matière. Parmi elles, Lou Reed Play résonne de façon particulière aux oreilles de David-Ivar Herman Dune, qui lui consacre l’un des autres bonus de la “Fully Loaded Edition”de Santa Cruz Gold. Sur cette « Song For Lou   » Play, il convoque d’abord Buddy Holly, Chuck Berry, Robert Johnson et quelques autres, avant de faire un portrait où encore une fois se croise l’intime et le mythe -ce que par ailleurs avait fait également Christophe avec son propre Lou. Les deux chanteurs évoquent dans leur texte un Lou Reed à la fois très incarné et pourtant évanescent. « Avec la mort de Lou Reed je me suis vraiment rendu compte du phénomène de la disparition physique de l’artiste, et de l’absence, dans le monde, d’une voix qui devient un souvenir. Lui qui expérimentait toujours, il restait susceptible de sortir du jour au lendemain un album qui n’aurait rien à voir avec ce qu’il avait fait avant. Et il était relativement jeune par rapport à d’autres légendes… D’un coup, en voiture, j’écoute Loaded [du Velvet Underground Playen réalisant que sa voix est désormais figée, que je ne pourrais plus l’entendre chanter à nouveau cette chanson au présent. Lou Reed a quelque chose de moins universel peut-peut-être que Bob Dylan, peu de gens écoutent tous ses albums, il y a quelque chose d’un peu plus secret. » Ce qui relie tous ces artistes dans sa constellation personnelle ? Le fait qu’ils échappent aux griffes du temps : « Ces œuvres ne sont pas datées. Pour moi c’est objectivement superbe. Bob Dylan, Willie Nelson, Leonard Cohen, Lou Reed, ce n’est pas attaché à une époque. Comme un tableau de Degas, ce sera beau dans mille ans. Les gens qui continuaient à faire du portrait au moment de l’explosion de l’art abstrait, ce n’était pas tant, je pense, pour perpétuer une tradition que tout simplement par goût. »

Herman Dune

En haut : Lou Reed ; En bas : Tom Waits

Et quel que soit leur âge il faut aller les voir au présent, explique David : « Bob Dylan, les gens qui disent que ça vaut pas le coup en concert, c’est la même histoire depuis Blonde on Blonde: ils veulent un mec avec une guitare acoustique et un harmonica (d’ailleurs il le fait encore parfois)… Mais personne ne sait ce qu’il va faire : on sait juste que ce seront des bonnes chansons. Leonard Cohen, on l’a vu plusieurs fois lors de son retour, sublime. Comme Kris Kristofferson Play, ou Willie Nelson que lui aussi j’ai vu cette année, c’est important ne serait-ce que d’avoir été témoin de l’existence de ces personnes. Tu les vois, tu les entends : c’est physique. C’est comme pour les gens qui ont pu entendre de vive voix les discours d’Abraham Lincoln. Tu as fait partie de ce monde. » Curieusement -ou non- dans ce voyage essentiellement américain, aucun autre nom de président ne sera cité.

« Un grand succès peut te faire essayer n’importe quoi. » Herman Dune

Herman Dune passé, présent et futur

Et si notre machine à voyager dans le temps lui permettait de revenir sur son propre parcours, sur des moments à corriger ou simplement à revivre ? « Non car je n’ai pas de regrets, même les trucs que j’ai faits et que je n’aime pas ont fait partie du chemin qui m’a mené où je suis. » Ni nostalgie ni amertume quand il s’agit d’évoquer la période plus familiale de l’entité Herman Dune, des disques confectionnés avec son frère André qui poursuit sa propre route semée de concerts et de CDs gravés sous le manteau et sous divers alias comme Stanley Brinks… « Mon frère, c’est mon frère, donc le rapport ne va pas changer. Chaque chose a eu son moment, tout était bien dans cette histoire, et je suis content d’avoir travaillé avec chacun des anciens membres du groupe. On ne s’appelle pas tous les jours, car quand tu es dans un groupe tu vois beaucoup les gens, donc tu as emmagasiné suffisamment de souvenirs. Ils ne te manquent pas forcément au quotidien : c’est un rapport saturé en présence, on ne pense pas qu’on n’a pas eu le temps de se dire ceci ou cela. »

Aujourd’hui, David-Ivar Herman Dune a non seulement son propre studio mais aussi son label, ce qui lui permet notamment de se passer des contraintes de distribution, même s’il nous prive -au moins pour l’instant- d’une version vinyle de Santa Cruz Gold, un disque qui mériterait pourtant le plus méticuleux des pressages… « Je voulais que ce soit une sortie surprise, et je ne voulais pas toute cette organisation qu’il avait fallu pour fabriquer et distribuer la version physique de Sweet Thursday. Si cet été j’ai un peu d’argent, je ferai le vinyle. C’est un confort de pouvoir faire comme ça. Là encore, ce qui compte ce sont les chansons. J’adore les disques, mais ce n’est pas le principal. Même les gens qui achètent l’objet, ils écoutent autrement. Ils n’ont pas de platine vinyle dans leur voiture ou leur téléphone ! Depuis mon déménagement, je n’ai pas gardé mes vinyles. J’ai des K7 dans la voiture, rien d’autre pour écouter. C’est ce qui m’a fait dire, notamment au moment de l’écriture de « Down By The Jacaranda » sur Sweet Thursday, que Spotify et ses dix mille chansons ne me servaient à rien. Avec quatre K7 j’étais très content. Van Morrison, Leadbelly, Blind Lemon Jefferson : ça me suffisait amplement, je les connaissais par coeur tout en les redécouvrant, j’étais heureux. Avec Spotify tu papillonnes, c’est l’inverse. Mais je comprends très bien aussi qu’on écoute de la musique comme ça ! »

Au milieu des chansons de ce dernier album en date, s’il en est une qui saisit parfaitement la lumineuse mélancolie dont Herman Dune parlait au début de cet entretien, c’est ce petit chef-d’œuvre qu’est « Lemon » Play et qui parvient à métamorphoser la tristesse infinie en une étrange forme d’espoir amusé. Une guitare un peu pluvieuse, une discrète nappe de clavier, un texte magnifique sur une mélodie sans âge. « « Lemon » c’est vraiment ce que je pense, pas une exploration ou un exercice. C’est l’expression de mon ressenti sur le moment. Un lemon en anglais, c’est par exemple une voiture que tu achètes parce qu’elle a l’air super, et qui finalement ne fonctionne pas. C’est la sensation d’être blousé, de looser, de ne pas avoir eu les bonnes cartes. Dans la chanson c’est aussi cette façon d’avoir réussi des choses en art et de se sentir protégé (moi, en vivant de mon art, je me sens dans une bulle de protection et de chance folle), mais de se demander quand on va finir par pouvoir atteindre ce qu’on veut vraiment. Jusqu’à ce qu’on se dise que peut-être non, ça ne va pas aller. Et là vient l’angoisse. Je pensais aussi, avec cette chanson, à la façon dont ta “carrière” peut influencer ce que tu fais. Un grand succès peut te faire essayer n’importe quoi. Je suis assez content de ce que j’ai, je ne me plains pas, mais je ne pourrais pas aller enregistrer demain à la BBC avec un orchestre symphonique. Ça va donc m’influencer, me faire rester simple à la guitare. Mais en ce moment, comme j’écris beaucoup au piano, je pense pas mal à des arrangements de cordes, car ça va bien ensemble dans ma tête. J’aimerais bien avoir au moins un quatuor pour le prochain album. » Rien que pour entendre ça, on irait bien cette fois faire un petit tour dans le futur. Patience…

Discographie sélective

  • LEADBELLY, The Midnight Special and Other Southern Prison Songs, 1941 (Victor Records)
  • THE MARVELETTES, Please Mr. Postman, 1961 (Tamla Motown)
  • THE SUPREMES, Meet The Supremes, 1962 (Tamla Motown)
  • KRIS KRISTOFFERSON, Kristofferson, 1970 (Monument)
  • BOB DYLAN, New Morning, 1970 (Columbia)
  • LOU REED, Coney Island Baby, 1975 (RCA)
  • BOB DYLAN, Blood On The Tracks, 1975 (Columbia)
  • WILLIE NELSON, Willie and Family Live, 1978 (Columbia)
  • MINUTEMEN, The Punch Line, 1981 (SST)
  • TOM WAITS, Swordfishtrombones, 1983 (Island)
  • BOB DYLAN, Infidels, 1983 (Columbia)
  • LOU REED, New York, 1988 (Sire)
  • LUCINDA WILLIAMS, Car Wheels on a Grave Road, 1998 (Mercury)
  • SILVER JEWS, American Water, 1998 (Drag City)
  • THE MOLDY PEACHES, The Moldy Peaches, 2001 (Rough Trade)
  • HERMAN DUNE, Not on Top, 2005 (PIAS France)
  • HERMAN DUNE, Giant, 2006 (Source etc/EMI)
  • HERMAN DUNE, Sweet Thursday, 2018 (Yaya Tova/Santa Cruz Records)
  • HERMAN DUNE, Santa Cruz Gold, 2018 (Santa Cruz Records)
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