Depuis Les Derniers jours du monde des frères Larrieu, petit coup de maître catapultant Mathieu Amalric dans une apocalypse nimbée d’absurde et de soleil, le cinéma français s’était peu hasardé sur le terrain monopolisé par Hollywood de l’écolo-catastrophe. À raison peut-être, la promesse d’un disaster movie sauce moutarde ayant peu de chance de survie au pays du naturalisme et de Julie Lescaut. N’écoutant que notre courage, on est quand même allé rattraper Dans la brume avec Romain Duris, sorti discrétos en salles sans avoir été montré à la presse (rarement de bon augure). Alors : catastrophe, vraiment ? 

On le sait : rien ne vaut un bon désastre naturel pour remettre une famille d’équerre. De retour de voyage, Mathieu (Romain Duris) retrouve sa femme (Olga Kurylenko), avec qui il ne vit plus, et sa fille (Fantine Hardiun), qui souffre d’une maladie orpheline l’obligeant à passer ses journées dans un gigantesque caisson hermétique. Mais à peine a-t-il poussé la porte de leur bel appartement parisien que la ville est recouverte d’un gigantesque brouillard nocif, comme dans les pires cauchemars à particules fines d’Anne Hidalgo. Pris de court (quelques secondes à inhaler les poussières de cette inexplicable tempête, et c’est la mort assurée), les deux tiers des Parisiens agonisent sur les trottoirs tandis que les survivants se réunissent au dernier étage des immeubles, là où les loyers sont le plus cher mais l’air encore respirable, en attendant une aide qui tardera forcément à venir. 

Fluctuat nec mergitur 

Autre problème : la petite ne peut sortir de sa panic room médicale, qui la protège momentanément de la contamination mais se situe aux étages inférieurs. Débute alors un survival familial structuré autour d’une logique de jeu vidéo, avec récolte d’items, passages acrobatiques et rencontres avec des PNJ : « On a besoin d’un masque à gaz pour aller voir notre fille : cherchons-en un ! » ; « On a besoin d’une combinaison spéciale pour la sortir de là : mais où en trouver ? » L’idée n’est pas si mauvaise (quoi de mieux pour une partie en coop qu’une maman et un papa ?), d’autant que les scénaristes ont plutôt facilité la tâche du réalisateur et de l’équipe en charge des FX : dans-la-brume oblige, on ne verra pour ainsi dire pas grand-chose pendant 1h30, permettant au film de figurer un Paris de fin du monde sans trop risquer de se ridiculiser. Cela donne parfois de belles inspirations (les toits et cheminées typiques de la capitale, émergeant tels des récifs à la surface d’une mer sableuse), mais c’est souvent assez flemmard, le réalisateur se contentant de dupliquer mécaniquement ces quelques vignettes, tout en s’accordant deux trois décalcomanies des grands motifs du genre – empruntés à La Guerre des Mondes notamment. 

Pas de quoi crier au plagiat ou à l’excès d’arrogance (Dans la brume est au chef-d’oeuvre de Steven Spielberg ce que la série Taxi est au cinéma de Michael Mann), mais nourrir un léger regret, dans cette façon qu’a la mise en scène de se précipiter d’un leitmotiv à un autre sans jamais chercher à construire correctement une séquence. Tel un collégien en scène pour son spectacle de fin d’année, le film agite ses postiches hollywoodiens et ses biscotos en mousse, soucieux de faire bonne impression, mais peine à se convaincre lui-même – il faut voir le niveau proprement calamiteux de l’interprétation et des dialogues, qui incite à penser que le scénario a été gribouillé entre deux épisodes de Plus Belle la vie. On peut donc dormir tranquille. Comme le fredonnait Bretonnière à la fin du film de Duvivier : « Le ciel de Paris n’est pas longtemps cruel ».

Dans la brume

Un film de Daniel Roby

France, 1h29 (2018)

Avec : Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin

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