Remise au goût du jour en 2008 (et disparue après cinq saisons), Beverly Hills 90210 restera pour toujours une série des années 1990. Peut-être même est-elle la série de la décennie, pour l’avoir traversée d’un bout à l’autre en dix ans pile (et autant de saisons). Mais plus qu’une série d’époque avec ses jeans taille haute, Beverly Hills fut le soap adolescent de la génération post-John Hughes, grand mentor du teen movie eighties. Au point que la série fut peut-être bien le rêve absolu de tout son cinéma.

Nous sommes à l’automne 1990. Deux ans plus tôt, en signant La Vie en plusdont les adorables héros (incarnés par Elizabeth McGovern et Kevin Bacon) était de jeunes adultes, le grand John Hughes laissait officiellement derrière lui le teen movie qu’en trois années seulement il avait porté très haut avec un carré de films essentiels (Seize bougies pour Sam, The Breakfast Club, Une créature de rêve, La Folle Journée de Ferris Bueller). Pour ce genre-là comme pour d’autres, le temps de la grande migration était venu, et c’est un duo formé d’un vétéran de la télé, Aaron Spelling, producteur de Starsky et Hutch, La croisière s’amuse ou Drôles de dames, et d’un petit jeune débordant d’idées, Darren Starr, le futur créateur de Sex and the City, qui allait s’en charger. Leur bébé devait s’appeler Beverly Hills 90210, abrégé en Beverly Hills chez nous, la plus célèbre des grandes séries mésestimées.

Forever teen

D’une durée comparable à celle d’un long-métrage, son pilote reprend même presque explicitement les choses là où John Hughes les avait laissées. Tout commence par le réveil de Brandon, spécimen masculin de la paire de jumeau-jumelle Walsh qui débarque du Minnesota accompagnée de parents outrageusement normaux. Puis, c’est Brenda, sa sœur, qui cherche la tenue parfaite pour sa première rentrée à West Beverly Hills High. Et nous voilà bientôt transportés au lycée où les élèves (friqués, c’est l’idée) arrivent en masse et en voiture. Il y a les sportifs et les nerds, les poupées et les rebelles. Aucune tribu ne manque et les codes sont respectés. John Hughes pourrait être fier de ses émules télévisuels. Plus tard, il y aura évidemment une grosse fête où tout ce beau monde se croisera – ce qui, pour certains, finira comme il se doit moyennement bien. Hughes, encore une fois, sauf que, série oblige, il s’agit ici d’ouvrir des pistes et donc de tout laisser ouvert, en suspens. Dans ses meilleures années, Beverly Hills avait ainsi la saveur d’un film de John Hughes qui ne s’achèverait jamais. Même quand ses personnages entraient en fac et que leurs interprètes frôlaient la trentaine, c’était l’adolescence sans fin, le récit teen toujours recommencé, avec ses euphories et ses angoisses, sa folle combinatoire amoureuse et cet espoir que, malgré tout, le meilleur reste à venir – sauf qu’il était évidemment pile là.

Beverly Hills John Hugues

The Breakfast Club (haut) et La Folle Journée de Ferris Bueller (bas)

Beverly Hills fut à Seize bougies pour Sam ou La Folle Journée de Ferris Bueller ce que Les Soprano serait au Parrain.

Série carrefour

Osons : Beverly Hills fut à Seize bougies pour Sam ou La Folle Journée de Ferris Bueller ce que Les Soprano serait au Parrain. Une réplique sérielle, dans le triple sens du terme : une réponse (parfois assez vive), une reproduction (évidemment pas tout à fait à l’identique) et, comme avec les tremblements de terre, une nouvelle secousse décalée dans le temps – plusieurs même : une décennie de secousses. Mais vu que tout cela se passait sur un network comme la Fox et non sur l’auteurisante HBO qui, elle, installait ses mafieux dans un New Jersey assez morne et gris, ladite réplique en devenait plus clinquante, plus bling bling que l’original. Mais c’est aussi l’une des qualités de Beverly Hills, série qui a toujours préféré flirter avec le mauvais goût que se soumettre à la dictature du bon, alternativement élégante et malhabile, gracieuse et (joyeusement) vulgaire.

À la télé commerciale comme au centre (commercial, donc), il y a de tout dans les rayons. Du beau et du laid, du James Dean de karaoké (factice, poseur, superbe de conviction) et du bêta blond baraqué, des pestes brunes et des princesses qui font la grimace, des fantasmes de MTV eighties (cf. la sublimement absurde émission de danse The Grind, diffusée à la même époque) et de vrais « problèmes de société » (alcool, drogue, suicide, inégalités sociales et antisémitisme : presque tout y passe). Dans Beverly Hills, il y avait Angela, 15 ans  (en plus braillard, en moins journal intime) et Urgences (le soap nineties tout public, l’entrée de la série dans une certaine modernité), The O.C.  et Skins, puis Twin Peaks  (la communauté comme piège, la jeune fille comme mystère) qui aurait fusionné avec Sauvés par le gong. Beverly Hills était une série carrefour, l’endroit où tout (se) passait.

Beverly Hills John Hugues The OC Twin Peaks Sauvés par le gong

Angela, 15 ans, The O.C., Twin Peaks, Sauvés par le gong : Beverly Hills ou la série carrefour

Éloge de la transparence

Les lieux, d’ailleurs, y possédaient une importance considérable. La maison (blanche) des Walsh était le refuge parfait. Diner au look années 1950, le Peach Pit où Brandon fit le serveur et son improbable annexe nocturne, After Dark (qui sur sa scène vit passer The Cardigans, Luther Vandross ou Christina Aguilera) étaient d’autres indispensables zones fixes d’où le récit rayonnait. On n’oublie pas le lycée, bien sûr – on n’oubliera jamais le lycée. Des points de repère, des pôles de stabilité. D’autant que, dans la série, rien n’était aussi important que de savoir vraiment où on (en) était.

On ne l’avait pas forcément perçu à l’époque mais, en se replongeant dans les aventures de Brandon, Brenda, Kelly, Donna, Dylan, David, Andrea, Steve et les autres, c’est ce qui saute aux yeux : la précision de Beverly Hills (qui vaut aussi souvent pour sa mise en scène) et son obsession de la transparence. Dès le pilote, il n’y a d’ailleurs que ça qui compte. Il faut lever les malentendus sur la nuit que Brandon a passée avec une pauvre jeune fille riche, révéler l’âge véritable de Brenda (16 ans) à l’avocat par qui elle s’est laissée draguer, trouver quel jeunot – c’est David – a bousillé la Corvette de ce pauvre Steve et puis aussi savoir où vit la sensible et sérieuse Andrea – spoiler : pas du tout à Beverly Hills. Qui aime qui, qui va où, qui fait quoi ? Et toi, qui es-tu et, d’ailleurs, qu’est-ce que tu fiches là ? Avec qui a couché Valerie, Dylan a-t-il vraiment une demi-sœur, qui est le mieux placé cette semaine des prétendants de Kelly ? Et Donna, alors, c’est pour aujourd’hui ? Le quiproquo est un cauchemar, l’incertitude une malédiction. Toujours, les zones d’ombres doivent être éclairées, les masques retirés, les mystères levés. Ce pourrait être une limite de Beverly Hills – parce que vive les doubles fonds et les clignotements identitaires. C’est plutôt son utopie (on peut tout regarder en face, et ça ira), sa beauté, sa folie. Faites le test : lancez son générique, regardez-les tous, écoutez. Vous ne vous sentez pas plus léger ?

Beverly Hills 90210

1990-2000

10 saisons / 294 épisodes

Création : Darren Star

Production : Aaron Spelling

Avec : Jason Priestley, Shannen Doherty, Tori Spelling, Brian Austin Green,  Jennie Garth, Luke Perry, Ian Ziering, Vanessa Marcil, Tiffani-Amber Thiessen

Chaîne d’origine : Fox

 

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